Bande dessinées, documentaires en cours d'écriture, librairies : des dizaines de projets essaient de voir le jour en comptant sur la bonne volonté et les deniers d'individus. Les plateformes de financement ont été très actives pendant le confinement, et cela va s'accentuer dans les mois à venir.

Les spectacles à l’affiche au festival off d’Avignon 2019
Les spectacles à l’affiche au festival off d’Avignon 2019 © Radio France / Stéphane Milhomme

Le financement participatif sera-t-il la dernière branche à laquelle se raccrocher, devant la crise qui s'annonce pour le secteur culturel ? Alors que les mécènes privés, s'ils choisissent des projets artistiques dans un tiers des cas, ont délaissés ces dernières années la création au profit de l’éducation artistique ou la rénovation et l’entretien du patrimoine, les micro-mécènes que sont les individus, lecteurs, fans de musique ou autres seront-ils la bouée de sauvetage de la culture ? 

Le message du Théâtre des 13 vents (Villeneuve-sur-Lot), sur la plateforme KisskissBankbank, est sans appel : "Depuis le 14 mars, le rideau est tombé. Nous ne savons pas quand nous pourrons reprendre nos activités, (...) nous sommes face à une véritable situation de survie. Nous avons besoin de vous, plus que jamais, car nous restons persuadés que ces espaces d’échanges et de culture doivent se maintenir coûte que coûte après la crise."

Immédiatement après les projets solidaires et citoyens, les secteurs des films et vidéos, de la musique, de l'édition, de la mode, du design, de la bande dessinée et des jeux, artisanat & cuisine, et enfin du spectacle vivant, sont les plus fréquents sur les plateformes de financement participatif. 

Globalement la progression des plateformes de financement est à la hausse, de manière continue et significative au fil des années.  "On ne peut pas faire de prévisions sur les mois qui viennent", rappelle Alexandre Boucherot, fondateur de Ulule. "On n'espère pas récupérer des gens sans solutions, notre job c'est d'aider les créateurs de nouveaux projets à se lancer, éventuellement se sauver, mais il faut que l'ensemble des financiers habituels fassent leur job." 

En attendant, avec un mécénat en berne, des recettes en voie de disparition, Ulule et KisskissBankbank, ont accueilli beaucoup de projets et ont fait l'impasse sur certaines de leurs commissions pour les projets estampillés "Covid", qu'ils soient culturels ou non. 

Le livre en avant, le spectacle vivant en retrait

Autour du livre et de l'édition, les projets ont remporté de franc succès ces dernières semaines. En ce moment, dans le Lot, un jeune homme espère reprendre la librairie de Gourdon grâce aux dons des Ululeurs, et la plus vieille librairie de France, à Ivry-sur-Seine,) compte sur les donateurs sur KisskissBankbank pour continuer à fonctionner.

Plusieurs libraires ont pu ainsi récupérer une trésorerie défaillante et survivre. "Certaines personnes ont pu donner jusqu'à 1 000 euros à leur libraire. Certaines librairies ont recueilli jusqu'à 30 000 euros", raconte Jean-Samuel Kriegk, responsable du secteur culturel chez KisskissBankbank. Par rapport à l'an dernier, les dons sont en moyenne plus importants, donc les projets déposés sont plus performants que d'habitude. Fluide glacial par exemple s'est assuré la fidélité de 1 700 abonnés et et, surprise, les dons moyens de la campagne ont été deux fois plus élevé que prévu. De quoi conforter l'avenir.

En revanche, du coté du spectacle vivant, les compagnies restent en retrait et n'osent pas proposer de nouveaux projets sur les plateformes. "Beaucoup sont en mode sauvetage", rappelle le fondateur de Ulule. Pour eux le dispositif Covid, zéro commission, sera surement maintenu jusqu'en septembre.

Dans quelques mois, l'effet rebond

Sur Ulule, d'ici ici quelques jours va se lancer une belle compilation d'artistes hip-hop en solidarité avec les personnes touchées par le virus.

Alexandre Boucherot constate que de nombreux projets n'ont pas été proposés sur sa plateforme en mars. "Les créateurs attendent juin, voir septembre, pour se lancer en sortie de crise. Ce n'est pas forcément un bon calcul, car les Ululeurs sont là et bien là en ce moment, ils sont très actifs." 

Même constatation chez KisskissBankbank : "Les campagnes de mars et avril commenceront en mai ou septembre, et on anticipe qu'il y aura aussi de nombreux projets que l'on ignore pour l'instant", explique Jean-Samuel Kriegk, en raison du choc économique que le secteur culturel connaît en ce moment. Les professionnels prennent contact, que ce soit ceux des médias (handicapés par les problèmes de distribution), les maisons d'édition, librairies, ou les créateurs de films.  

Pour les professionnels du spectacle vivant, la difficulté est immense : pas de date, pas de connaissance sur ce que seront les conditions d’accueil : "il leur est impossible de proposer à des contributeurs de pré-acheter des places de spectacle par exemple", explique Jean-Samuel Kriegk. Mais "le moment viendra où ils pourront se projeter et alors ils viendront sur nos plateformes."

L'apport de ce type de solutions reste modeste, on ne fait pas une politique culturelle en aidant quelques projets en particulier. Depuis leur création, Ulule a redistribué environ 80 millions d'euros à 25 000 projets culturels, et KisskissBankbank se situe dans le même ordre de grandeur.

Certaines institutions commencent à réfléchir à des projets globaux pour financer l'ensemble de leurs filières, et pas uniquement tel spectacle ou tel film. "On va devoir être souples et agiles car on n'a pas conscience de tous les problèmes qui attendent les professionnels de la culture et du cinéma en particulier", conclut Jean-Samuel Kriegk, dont la plateforme est un acteur important pour le cinéma notamment.

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