Le documentaire qu'a tourné Raymond Depardon dans un hôpital psychiatrique fait l'unanimité parmi les critiques du "Masque et la Plume" : "une splendeur", "magnifique", "du grand Depardon"... Ecoutez-les et découvrez pourquoi.

Depardon signe cette fois un documentaire dans un hôpital psychiatrique : "12 jours" (sortie en salles le 29 novembre 2017)
Depardon signe cette fois un documentaire dans un hôpital psychiatrique : "12 jours" (sortie en salles le 29 novembre 2017) © Wild Bunch Distribution

Selon la loi de 2013, le délai maximal entre l'internement sous contrainte du malade et son audience au tribunal pour tenter d'obtenir une libération est de douze jours. Raymond Depardon filme les patients confrontés au magistrat qui va décider de leur avenir. 

Jean-Marc Lalanne : "d'une puissance inouïe"

Toutes les personnes qui apparaissent représentent une psychopathologie différente et en même temps ça ne fait jamais échantillonnage. Sur la mise en scène, c'est génial parce qu'il n'y a quasiment que trois valeurs de plan : 

  • un champ 
  • un contrechamp 
  • un plan qui est légèrement décalé

À partir d'un dispositif aussi minimal, la puissance du rendu est incroyable.

Image extraite de "12 jours" de R Depardon
Image extraite de "12 jours" de R Depardon / Wild Bunch Distribution

Pierre Murat : "magnifique"

C'est un film sur la fragilité de ces gens et sur notre fragilité à nous, puisqu'on s'aperçoit quand même que la frontière est extrêmement  mince. C'est un film angoissant pour ça. 

Je ne l'ai pas pris comme les thèses des années 1970 où on disait que les fous nous révélaient leur vérité : c'est au contraire l'extrême peu de frontière qu'il y a entre la folie et la raison.

Danièle Heymann : "du grand Depardon"

Raymond Depardon a dans tous ses documentaires, que ce soit San Clemente (1982) ou Délits flagrants (1994), la capacité de faire totalement oublier sa présence. On est exactement dans son sujet avec les gens qu'il regarde ; c'est inouï. 

La  façon dont on sort de temps en temps de cet enfermement, simplement pour voir des grilles fermées et un paysage gris, c'est du grand Depardon !

L'hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon
L'hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon / Wild Bunch Distribution

Sophie Avon : "le film est super fort"

Ce que vous ne dites pas, c'est que ça montre du doigt, de manière très violente, les limites du système ! Je trouve que cette loi qui est censée protéger et être un garde-fou de la parole des psychiatres et de la vérification des juges, ce que ça montre, c'est l'impuissance des juges ! 

À un moment donné, en plaisantant, la juge dit :

Oui, vous avez raison, on ne sert strictement à rien !

C'est une boutade mais enfin…

Quand on entend la détresse de ces gens-là , on voit que ce système qui est censé empêcher les abus de pouvoir nous fait toucher du doigt qu'on est en plein abus de pouvoirs

Moi je suis sortie indignée ! Par contre le film ni contre les juges, mais qu'un système comme ça puisse exister. Et c'est là où le film est super fort : il met en colère !

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L'une des juges dans "12 jours" de Raymond Depardon
L'une des juges dans "12 jours" de Raymond Depardon / Wild Bunch Distribution
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