Au cinéma cette semaine, "5 caméras brisées, une histoire palestinienne", film déjà primé dans plusieurs festival (dont Sundance), et en lice pour les Oscars (dans la catégorie documentaire).

5 caméras brisées
5 caméras brisées © Radio France

Étonnant film que 5 caméras brisées, dont le personnage principal est le cameraman lui-même.

Il n’est donc pas à l’écran, on voit ce qu’il voit, et il ne cesse de regarder. Quoi ? L’occupation de son village palestinien Bil’in par l’armée israélienne, l’érection d’un mur privant les villageois d’une grande partie de leurs terres arables. Des manifestations, confrontations, arrestations, intrusions.

Ce n’est pas un film sur le conflit israëlo-palestinien, avec une minute pour les israéliens, une minute pour les palestiniens, pour faire bonne mesure.

Non, c’est un film centré sur un homme vissé à sa caméra, prenant des risques, pour lui-même et les siens, éloigné de sa famille par les blessures et les emprisonnements.

C’est l’histoire de son petit garçon grandi dans la violence d’une occupation militaire, le premier mot qu’il prononce à part papa et maman c’est "le mur". C’est l’histoire d’une femme qui voit que le père de ses enfants court tous les dangers pour témoigner par l’image. C’est choquant de voir un père emmener un petit enfant dans des manifestations dont on sait qu’elles finiront par des tirs et des blessés. Choquant de voir ce caméraman filmer un ami blessé et à terre, se faire tirer dessus sans jamais appuyer sur "stop". Un parti pris de résistance pour Edmad Burnat . C’est son nom.

Le film est coréalisé avec Guy Davidi, cinéaste israélien qui filme depuis plusieurs années la vie des palestiniens. C’est à lui que l’on doit que ce film soit l’histoire d’un homme et non celle d’un conflit.

Emad Burnat, homme résistant, lui, compte bien avoir un Oscar (il a déjà eu le prix de réalisation à Sundance). Un Oscar pour faire gagner son peuple ? On voudrait y croire aussi fort que lui.

5 Caméras Brisées
5 Caméras Brisées © Alegria

Guy Davidi, cinéaste et producteur co-réalise le film avec Emad Burnat à partir des centaines d'heures de rushes filmés à Bil'in.

Emad Burnat a vendu quelques une des ses images aux médias qui ont suivi l'histoire de Bil'in, avant que les images ne deviennent le film.

> D’abord quand j’ai décidé de filmer, je voulais m’engager dans la lutte de mon village, c’était ma responsabilité ; mon objectif a toujours été de montrer et diffuser les rushes, les images brutes et de montrer à travers mon histoire et celle de mon village, quelle est la situation, notre vie quotidienne. Ça ne veut pas dire que c’est partout comme cela en Palestine. Il y a beaucoup d’endroits en Palestine où la vie est extrêmement difficile. Donc j’ai filmé tout le temps, comme si j’étais immergé dans ma caméra. La caméra est un témoin puissant. Je n’ai pas filmé pour devenir célèbre, pour en faire de l’argent. J’ai pris des risques tout le temps. Je suis allé en prison, moi ou les miens. Mes enfants ont souffert de tout cela. Mais c’était plus fort que moi, ma famille m’a donné de l’énergie, et ça m’a donné la force de continuer. Ma famille a très bien compris que ce que je faisais était très important, car finalement tout le monde a vu ces images. (Emad Burnat)

La bande-annonce :

5 Caméras Brisées
5 Caméras Brisées © Alegria
Documentaire de 52' de Emad Burnat et Guy Davidi, coproduit par Alegria Productions / Burnat FIlms Palestine / Guy Dvd Films, avec la participation de France Télévisions et le soutien de ITVS International. 2012.

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