C’est avec le film chilien « La Nona », la sortie la plus intéressante de la semaine à mes yeux. « 7 minutes au paradis » du cinéaste israélien Omri Givon séduit par sa capacité à ne pas se laisser enfermer dans des codes et des genres définis à l’avance. Se déroulant à Jérusalem de nos jours et ayant pour point de départ un attentat contre un bus, il n’est jamais un film politique ou militant pour ou contre le terrorisme, par exemple. L’attentat qui frappe Galia dans sa chair et la prive de son fiancé à jamais ne constitue qu’un accident de la vie et non le point de départ d’une réflexion sur Jérusalem assiégée. Autre stratégie d’évitement : le cinéaste refuse les méandres du classique film psychologique sur les ravages du deuil et de l’absence. Il multiplie au contraire les points de vue et les angles d’attaque pour rendre compte sans l’aide de dialogues ou presque les états d’âme de son héroïne. La vraie-fausse révélation finale sonne alors non comme un pirouette narrative mais comme une nouvelle dimension apportée à un récit qui est comme le labyrinthe mental d’une reconstruction de soi. Givon prend acte de la complexité extrême d’une situation où se mêlent culpabilité et désir de mourir, espoir et doute, volontarisme et abattement. Son héroïne traverse les cercles d’un enfer personnel au gré d’un cheminement que le cinéaste rend palpable par une incroyable attention au lieu et aux déplacements. « 7 minutes au paradis » existe bel et bien à travers ce propos éminemment cinématographique comme si les évitements décrits plus haut étaient la preuve évidente d’une volonté de faire sens. Décidément le cinéma israélien après « Tu n’aimeras point » nous donne à voir ces temps derniers des films d’autant plus superbes que chacun chante dans son arbre et cultive une spécificité artistique tout à fait passionnante. Ces « 7 minutes au paradis » constituent une nouvelle preuve éclatante de la vitalité d’un cinéma qui ne fait aucune concession et produit des films dignes et fiers. Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Etait-ce de la chance ? Assurément oui. Ou bien un cadeau du ciel même pour celui qui n’y croyait pas. »Gabriel Girard, « Plein vent »

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