Le film de Lynne Ramsay avait reçu à Cannes le Prix du scénario et le Prix d'interprétation masculine (Joaquin Phoenix). Au Masque et la Plume, ces deux titres sont questionnés par certains critiques… Eric Neuhoff juge même avec humour :"Il y a un marteau qui joue un grand rôle mais le film, lui, ne vaut pas un clou !"

Ekaterina Samsonov dans "A Beautiful Day" de Lynne Ramsay
Ekaterina Samsonov dans "A Beautiful Day" de Lynne Ramsay © SND

Ancien combattant traumatisé de la guerre en Irak, collaborateur occasionnel du FBI, Joe (Joaquin Phoenix) doit exfiltrer la fille d'un sénateur des griffes d'un réseau de prostitution pédophile - donc traquer les trafiquants de gamines au marteau. Résultat : 1h30 de cranes explosés et de trippes à l'air…

Michel Ciment : "un film tout à fait passionnant"

Je pense que Lynne Ramsay est une très grande cinéaste, qui en 20 ans a tourné quatre films seulement mais tous mémorables.

La violence physique est beaucoup plus suggérée qu'on ne l'a dit. Il y a énormément d'effets de montage ; il n'y a aucune complaisance : il n'y a pas de ralentis comme dans beaucoup de films violents ou même chez Scorsese où la violence est décrite de façon graphique et sur toute la longueur. 

C'est un film qui est tout à fait passionnant, parce qu'effectivement il y a un rapprochement à faire entre cette petite fille (prisonnière d'un réseau de pédophiles mais qui a eu une enfance traumatisée déjà), et le tueur à gages (qui a lui aussi un double traumatisme : la guerre en Irak et son père quand il était enfant). 

Joaquin Phoenix en tueur à gages tourmenté dans "A Beautiful Day"
Joaquin Phoenix en tueur à gages tourmenté dans "A Beautiful Day" / SND

Charlotte Lipinska : "Le film tient presque de l'expérience immersive"

Le film tient presque de l'expérience immersive - immersive dans le sens où j'ai été catapultée dans l'âme dépressive et torturée de cet antihéros et ça dès la première scène. En trois plans, le personnage était là, son corps, sa peau, sa démarche. Je lui ai emboîté le pas absolument immédiatement.

Après... On pouvait donner tous les prix à ce film, mais certainement pas le Prix du scénario. C'est pour moi la faiblesse du film : j'ai l'impression d'avoir une page sur trois du scénario tellement il est elliptique

En même temps il faut bien admettre la puissance de la mise en scène, qui a énormément d'atouts :

  • une bande son qui nous met sous tension du début à la fin
  • un montage extrêmement brillant
  • une image absolument magnifique de ces plans de ville la nuit
  • un Joaquin Phoenix halluciné et hallucinant
  • ce rythme totalement imprévisible : des accélérations violentes d'actions et des temps suspendus qui nous crispe au fauteuil.

Eric Neuhoff : "un film très bête"

Il y a un marteau qui joue un grand rôle mais le film, lui, ne vaut pas un clou !

Le film précédent, We Need to Talk About Kevin était vraiment un grand film... Que Lynne Ramsay nous file cette bouillie indigeste qui contient tous les tics & tous les trucs dont on a soupé dans les années 1970, c'est d'un démodé complet !

Joaquin Phoenix en fait des tonnes, on sent qu'il voulait absolument avoir ce prix d'interprétation ! Il est tout le temps en train de se tourner vers la caméra, l'air de dire : est-ce que j'ai l'air assez perturbé ?

C'est un film très bête, en plus !

Xavier Leherpeur : "un film abject"

C'est un film abject, pour moi, mais vraiment du début jusqu'à la fin ! Il passe son temps sous des ressorts de mise en scène extrêmement tape-à-l'oeil et totalement répétitifs à manipuler le spectateur. Le pire c'est qu'elle m'oblige à jouer les Père-la-Morale ! Après qui va ce monsieur ? Des pédophiles politiciens ! Au registre des gens les plus détestés sur la planète, elle a déjà 2/10 ! Il manquerait plus qu'ils soient avocats et de droite !!

C'est un film prosélyte sur la violence, sur la mise à mort, sur la justice expéditive qui est porté par un scénario d'une connerie absolument sans nom !

Le seul truc qu'on puisse à la limite lui apporter, c'est qu'elle arrive par un tour de passe-passe improbable, à faire un film qui sera vu aux Etats-Unis comme un film de droite (vous mettez ce film dans les mains d'un Texan votant Donald Trump, il est absolument ravi : c'est comme ça effectivement qu'il faut finir les Méchants et on ne passe pas par la case de la Justice) et chez nous on pense que c'est un film de gauche (qui questionne, avec distance, la violence, la culpabilité, le machin, le truc...). 

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"A beautiful day" : les critiques du Masque et la Plume

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Joaquin Phoenix
Joaquin Phoenix / SND
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