« À l’origine »… D’abord un beau titre et ce n’est pas rien après tout. Un titre qui a valeur universelle pour un fait-divers singulier. Xavier Giannoli ne l’a pas choisi au hasard pour nommer son nouveau film, le quatrième après « Les Corps impatients », « Une aventure », « Quand j’étais chanteur ». Soit trois films aimés, présents dans la mémoire cinéphile du blogueur, régulièrement revisités en pensée ou par l’image, y compris à travers le prisme de la BO (celle de « Quand j’étais chanteur » étant un enchantement, « L’Anamour » de Gainsbourg par Depardieu en tête…). Trois films maîtrisés et superbes, trois histoires d’amour incandescentes, trois âges aussi d’une vie. Et puis partout du cinématographe avec une attention aux lieux, aux corps, aux sons, mais aussi aux personnages (qui ont de « vrais » métiers comme chez Sautet) et aux histoires donc. Rien de gratuit jamais. Tout dans un mouvement élégant et tendu. La synthèse d’un cinéma de la Nouvelle Vague et de l’après-Nouvelle Vague. Comme un pont entre des générations et des individualités fortes (Truffaut et Pialat, Sautet et Godard). Mais une synthèse toute personnelle et non programmatique. Une synthèse par l’œuvre à chaque fois semblable et différente.« A l’origine » qui sort ce mercredi sur les écrans s’inscrit tout naturellement dans cette lignée. On y retrouve, étincelantes, les caractéristiques du cinéma de Giannoli mais porté plus haut encore par le souffle d’une histoire incroyable où le singulier d’un destin truqué croise la route (au sens propre du terme) d’avenirs pluriels en manque de perspective. C’est l’improbable rencontre entre Robin des Bois et des salariés. Non pas la redistribution pour rien de la richesse surnuméraire, mais le paiement du travail effectué par le biais des pots-de-vin de l’économie souterraine. Plus moral, tu meurs. Ou quand l’argent sale finance les ex-chômeurs, le tout rondement mené par un délinquant expert en trésorerie cavalière. Naïveté du cinéaste ? Non ! Assurément non. D’autant plus que la métaphore avec le montage d’un film n’est pas loin. A l’origine, c’est peut-être aussi à l’origine d’un film. Et de fait tous les chantiers se ressemblent, le plateau de tournage est d’abord une ruche bourdonnante qui ressemble à un atelier de montage ou d’assemblage. Alors, politique et social, le film de Giannoli en ces temps de brouillard idéologique et d’abolition des lignes de partage ? La réponse ne fait aucun doute. Et tant mieux si le cinéma français revient ainsi à l’un de ses fondamentaux. Sautet faisait des films politiques comme Assayas a continué à la faire, c’est-à-dire sans jamais céder à l’idée qu’il s’agit de raconter une histoire et non pas des idées.. A l’origine du monde, à l’origine de la révolte, à l’origine de l’autre, à l’origine du travail, à l’origine du désir, … Tout simplement, « A l’origine », le film qu’il faut aller voir tant il émane de lui comme la force et la puissance d’une tragédie qui galvanise.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Le bonheur est nécessaire à tout. »Madame de Staël, « Corinne ou l’Italie »

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