Quand on aime, on ne compte pas ! Il sera donc question ici une troisième et dernière fois consécutive de « A l’origine » le nouveau film de Xavier Giannoli en salles demain mercredi 11 novembre 2009 ! Quand on aime, on trouve toujours de nouvelles choses à dire et à faire savoir ! Quand on aime, on trouve surtout l’énergie d’essayer de dire pourquoi et de donner envie. C’est « l’art d’aimer » selon la formule magique du critique Jean Douchet. Hors de cet art-là, point de salut pour la critique évidemment. Ce que l’on aime également dans ce film, c’est son incroyable capacité à mettre en place sa topologie. Non pas un mais des lieux immédiatement repérables, identifiés et même familiers. Soit un motel anonyme, un chantier d’abord endormi puis en éruption, une chapelle en pleine renaissance, des salles de travail, le siège d’une multinationale tout droit sorti d’une campagne de pub, etc. On passe de l’un à l’autre avec facilité. Normal, me direz-vous, c’est bien le moins. Pas si simple. Les lieux au cinéma disent tout ou presque : la mise en scène, la mise en place, le récit et sa progression et enfin les personnages dans leurs décors. Ils racontent à eux seuls l’histoire qui est en jeu. Ils incarnent à eux seuls le passé et le présent de chaque rôle du film. Ils existent enfin par eux-mêmes comme le chantier du film de Giannoli qui au fil, des scènes prend son autonomie. A un moment donné, son architecture et sa configuration portent le film et ses personnages, leur offrant un écrin sidérant de beauté mécanique et sauvage à la fois. C’est la nature domestiquée et sa revanche robotisée quand les hommes-ouvriers deviennent des fourmis dérisoires qui s’agitent dans tous les sens sous la pluie et la fatalité. Giannoli est un cinéaste parce qu’il montre des lieux non pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils permettent de voir. Dans son chantier fantasmagorique et bien réel à la fois trône d’ailleurs une véritable tour d’acier, comme un balcon non sur la forêt mais sur la route en devenir. De là-haut, un siècle industriel nous contemple, échecs et succès mélangés. Depuis cette tour éphémère, sans raison d’existence précise, on fait ce pour quoi le cinéma est fait : voir le monde en mouvement. Le lieu du film, tout comme son pendant le lieu du crime, s’appelle aussi la scène (du film, du crime, c’est du pareil au même) et c’est bien là en effet que tout a lieu. En nous rappelant cette évidence, Giannoli renoue tout simplement avec l’essence même du cinématographe. S’il fallait encore une raison pour aller voir « A l’origine », cette filiation devrait suffire. Ah ! ça ira !La phrase de la nuit : « La photo lui parut décevante. Il n’y retrouvait ni la grâce, ni le charme. Et encore moins ce mystère qui le troublait à chaque fois. »Roger Vailland, « Lettres anonymes »

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