Le film "Roma", du cinéaste mexicain Alfonso Cuaron, a remporté samedi le Lion d'Or, plus haute distinction du festival de film de Venise, la 75e Mostra. Produit par Netflix, ce film apporte au diffuseur devenu producteur sa première grande récompense en festival.

Alfonso Cuaron et son Lion d'Or, samedi à la Mostra de Venise
Alfonso Cuaron et son Lion d'Or, samedi à la Mostra de Venise © AFP / Alberto Pizzoli

On avait laissé Netflix en mai dernier sur un boycott du Festival de Cannes, et donc sans film en compétition. Ce samedi, c'est une production Netflix qui a remporté le Lion d'Or de la Mostra de Venise pour sa 75e édition : "Roma", du réalisateur mexicain Alfonso Cuaron. Ce film, qui retrace des scènes de vie d'une famille de la classe moyenne mexicaine dans les années 70 et inspiré de la vie du réalisateur (à qui l'on doit entre autres "Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban" ou "Gravity", était le grand favori de la critique. 

C'est la première fois que l'ancien vidéoclub par correspondance, devenu géant de la production cinématographique, remporte un prix majeur dans un événement de cet envergure. Et même deux : le nouveau film des frères Coen, "The Ballad of Buster Scruggs", également produit par Netflix, a rempoté le prix du meilleur scénario. Netflix avait déjà été primé deux fois aux Oscars, mais à chaque fois pour des documentaires ("Les Casques Blancs" en 2017 et "Icare" en 2018). 

Netflix, ennemi de la chronologie des médias

Une victoire pour l'entreprise américaine, qui voit, avec cette récompense de premier plan, son statut d'acteur majeur du monde du cinéma sanctuarisé. Car le monde du cinéma est tiraillé entre l'attrait pour ce nouveau producteur d'envergure (outre les frères Coen, Martin Scorcese réalisera son prochain film chez Netflix), et une erreur impardonnable qu'il a commise : casser la chronologie des médias au cinéma. 

En France au Festival de Cannes, les discussions entre Netflix et les organisateurs avaient rapidement tourné au dialogue de sourds : le délégué général du Festival Thierry Frémaux avait annoncé que seuls seraient autorisés à être dans la sélection officielle cannoise les films qui sortiraient en salle en France. Or pour Netflix une telle hypothèse est impossible : sortir un film en salles en France reviendrait à se priver de sa diffusion sur sa propre plateforme pendant plusieurs mois, la loi imposant aux plateformes de SVOD comme Netflix (ou Amazon Prime) d'attendre 36 mois après la sortie en salles pour diffuser un film... même quand elles en sont productrices. L'Américain a donc décidé de boycotter Cannes cette année.

Accord tacite aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis où une telle loi n'existe pas, la situation est pourtant peu différente. Car l'exclusivité des films en salle est le fruit d'un accord tacite entre les producteurs et les chaînes de salles de cinéma américaines : court-circuiter l'exclusivité des salles de ciné n'est pas interdit, mais c'est la garantie de se fâcher avec une partie du marché du cinéma américain. 

C'est pour cette raison qu'Amazon, l'autre grand acteur du secteur, a pour sa part accepté de sortir "Manchester by the sea" au cinéma et de ne le diffuser sur son service Prime Video qu'une fois l'exploitation en salles terminée. Coïncidence ou non : à Cannes, Amazon est largement représenté alors qu'aucun film Netflix n'est en sélection ; et même chose aux Oscars où "Manchester by the sea" a obtenu deux statuettes de prestige (Meilleur acteur et meilleur scénario). 

Avec la distinction à Venise, Netflix arrive enfin à se tailler une place dans la cour des grands. En avril dernier, l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob avait prévenu : "Cannes ne peut pas se priver de ce genre de films". 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.