J’ai dit ici même toutes les réserves que m’ont inspiré le nouveau film d’André Téchiné, « La Fille du RER ». Mais il se trouve qu’au même moment et ce jusqu’au 13 avril prochain, la Cinémathèque française, à Paris, consacre à ce cinéaste essentiel une passionnante rétrospective. Au total, une vingtaine de films dont aucun ne m’a laissé indifférent et qui constituent une œuvre véritable. De « Souvenirs d’en France » aux « Roseaux sauvages », en passant par « Hôtel des Amériques » et « Ma saison préférée », André Téchiné dessine une carte qui mêle étroitement destinées individuelles et destins collectifs. Il invente au fil de ses films une sorte d’intimisme de portée générale aussi singulier que fascinant. Son avant-dernier et magnifique film, « Les Témoins », est ainsi tout à la fois un récit sur la naissance du Sida et l’exploration de vies plurielles et de personnalités radicalement différentes. À la vie joyeuse et dévergondée que mène dans l’insouciance d’abord le personnage de jeune homme superbement incarné par Johan Libéreau viennent répondre les secousses d’une société aux prises avec une maladie qu’elle refuse et qu’elle ne veut pas comprendre dans un premier temps. La société, les individus qui la composent : c’est dans aller-retour permanent que le cinéma de Téchiné puise sa force intérieure. Les équilibres et les déséquilibres entre ces ceux pôles narratifs rythment ses films, à l’image des échos de la guerre d’Algérie dans les « Roseaux sauvages », cette chronique d’un été d’apprentissage sentimental tranchant et solaire à la fois. On s’aime chez Téchiné. On s’aime même entre frère et sœur, si on s’appelle Deneuve et Auteuil, dans « Ma saison préférée ». On s’aime à tort et à travers. On s’aime après des années de séparation et c’est alors un film magnifique et bouleversant, mais un film injustement méconnu : « Les Temps qui changent », toujours avec Deneuve la muse face cette fois à Depardieu, l’homme fragile et fort exactement comme chez Truffaut des années auparavant dans "La Femme d'à côté" : un homme tout en puissance qui échappe de justesse à la mort par ensevelissement, un homme tout en faiblesse qui veut à tout prix reconquérir son amour perdu. Le même homme qui échappe de justesse à un double étouffement (physique et moral) pour mieux renaître à la vie, prêt à aimer et être aimé. Quand les amoureux se regardent chez Téchiné, c’est toujours avec intensité, comme s’ils étaient assis l’un face à l’autre et que le monde autour d’eux disparaissait pour un instant. Ne restent plus alors que deux émotions brutes et vibrantes, deux âmes à l’unisson, deux amants amoureux et aimants. Deux cœurs qui battent, qui battent, qui battent et qui feraient enrager le diable des « Visiteurs du soir ».La phrase du jour ? Frédérick : « Dites-moi quand je vous reverrai ?Garance : « Bientôt peut-être… sait-on jamais…, avec le hasard !Frédérick : « Oh ! .. Comment le hasard ? Paris est grand, vous savez !Garance : « Non… Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment… comme nous, d’un aussi grand amour… »Extrait du dialogue des « Enfants du Paradis » écrit par Prévert, entre Garance (Arletty) et Frédérick (Pierre Brasseur)

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