Wallace & Gromit, vous connaissez ? Et Shaun le mouton ? Le musée Art ludique (Paris) propose de (re)découvrir les merveilles animées du studio d’animation britannique Aardman.

“Ils sont complètement fous de faire des films comme ça”

Les réalisateurs chez Aardman sont avant tout des touches-à-tout. Jean-Jacques Launier, commissaire de l’exposition "Aardman, l'art qui prend forme" au musée Art Ludique, confirme :

Aardman, c’est de la stop motion avant tout mais c’est vrai que c’est des gens qui aiment l’expérience. Tout ce qui existe comme matière : textile, papier, pate à modeler… ils l’ont animé .

Parmi les plus célèbres des défis techniques qu'ils ont relevés, citons Dot (2010) et Gulp (2011), respectivement le plus petit film et le plus grand d’animation en stop motion au monde . Pour Jean-Jacques Launier, “quand on voit le petit personnage de 9 mm [de Dot ], on se rend compte qu’ils sont complètement fous de faire des films comme ça”. Ces deux court-métrages ont été réalisés avec un téléphone Nokia 8. A noter que selon Nokia, pour Gulp , “la plus grande scène du film s’étend sur 11 000 pieds carrés" (soit un peu plus de 3 kilomètres)...

Relever des défis

Ce goût du challenge est présent dans l'esprit du studio dès sa première réalisation, Animated conversations (1983) : Peter Lord et David Sproxton choisissent d’enregistrer des gens qui parlent, pendant des heures, chez eux ou au travail, et d’animer ensuite ces conversations. Résultat : un film au rythme un peu lent et au montage un peu chaotique, oui, mais aussi un naturel impressionnant dans les attitudes des personnages et une certaine poésie au final . En reléguant les dialogues au second plan, le film donne du recul au spectateur, et lui propose de porter le regard sur les personnages plutôt que sur l'action en elle-même.

Le même principe est appliqué dans Shaun le mouton (au cinéma à partir du mercredi 1er avril) : aucun dialogue n’est audible, pourtant les conversations restent parfaitement compréhensibles. Will Becher, superviseur de l'animation du film, explique :

"Pour les animateurs, le dialogue est un élément important. Il nourrit la caractérisation des personnages ; nous prenons des décisions à partir de là. Avec Shaun, le Fermier et Bitzer, il fallaitse concentrer sur leur langage corporel : il s’agissait de faire ressentir au spectateur l’émotion des événements se déroulant à l’écran. C’était un formidable défi".

Leur goût pour l’expérimentation se ressent dans l'exposition aussi : les fondateurs du studio Aardman étaient présents au musée Art Ludique pour accompagner de près la scénographie de cette exposition.

Résultat : on retrouve dans l'exposition ce qui fait le succès de leurs productions cinématographiques. Des clins d'oeil humoristiques , le souci du détail atypique , un certain goût pour l'épate (une salle entière est consacrée à la présentation du bateau des Pirates), un souci pédagogique (expliquer comment est fait un film d'animation aussi bien qu'expliquer comment ils ont réussi à surmonter des défis techniques, comme l'animation des poils du Lapin-Garou à l'écran), une passion pour le bricolage et les tests ...

Pour Jean-Jacques Launier, c'est simple : "Aardman, c'est l'esprit rock " :

Un cinéma engagé

Avec ses personnages, tout attachants qu’ils soient, Aardman dénonce les travers et les tics culturels de la société britannique . Avec Creature comforts (1989), Nick Park met en scène des animaux qui répondent à une interview sur leurs conditions de vie dans un zoo.__ Leurs réponses sont des phrases toutes faites, un peu complaisantes et maladroites, pas du tout engagées ni spontanées - comme dans n’importe quel entretien télévisé de base, en somme. Ce n’est pas tant le fait d’emprisonner les animaux qui est ici pointé du doigt que notre rapport, faussé, à l’image télévisée.

A noter que suite à son succès, le court-métrage a été décliné en série - où l'on voit notamment des animaux réagir sur la guerre en Irak, ainsi qu'en campagne publicitaire pour le Leonard Cheshire Disability, dont l'objectif était de changer la façon dont les gens pensent et répondent au handicap.

La cause environnementale est présente en filigrane dans la majorité de leurs films, ne serait-ce que par l'omniprésence de la nature : Wallace & Gromit bien sûr (et cela même dans l'épisode avec le lapin-garou, si, si), Shaun le mouton, Creature Comforts… Et dans Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout , la très colérique reine d’Angleterre invite les grand chefs d’état à partager un dîner où sont proposées les espèces en voix d’extinction...

"Rare creatures dining club" - image extraite du film "Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout" des studios Aardman
"Rare creatures dining club" - image extraite du film "Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout" des studios Aardman © 2012 Sony Pictures Animation Inc

Aardman, c’est “un rêve d’enfant devenu réalité internationale”

Aujourd'hui, les studios Aardman sont connus dans le monde entier. Pourtant, tout a commencé très simplement. Peter Lord explique la genèse du studio :

Avec David [Sproxton], nous nous sommes rencontrés à l’âge de 12 ans, à l’école. Nous avions 16 ans quand son père, qui travaillait à la télévision, nous a donné une caméra. C’était un Bolex à ressort, et nous avons commencé à faire de l’animation pour nous amuser. Nous avons réussi à vendre un de ces films de 15 secondes à la télévision, et ce fut notre départ.

Ce court métrage s’intitule Aardman (d’après un animal australien, le aardvark)… et devient le nom du studio qu’ils fondent en 1972, à Bristol.

Jean-Jacques Launier raconte :

A noter que ce premier film, rare, est présenté dans l’exposition.

En 1985,Nick Park rejoint l’équipe Aardman. Jean-Jacques Launier remarque :

Nick Park avait fait des dessins d’études quand il était adolescent, où il avait commencé à esquisser un postier moustachu qui s’appelait Jerry avec un chien qui avait des grosses dents. Ils sont devenus Wallace & Gromit , dans le premier court métrage qu’ils ont réalisé ensemble : “Une grande excursion ” (1989).

Depuis, l'équipe s'est encore étoffée, bien sûr, mais Nick Park, Peter Lord et David Sproxton restent les trois réalisateurs phares du studio. Le succès a grandi, et les récompenses se sont multipliées...

Prix et récompenses du studio

Quatre oscars jusqu'à aujourd'hui :

  • Creature comforts (1989)

  • Un mauvais pantalon (1993)

  • Rasé de près (1995)

  • Le Mystère du lapin-garou (2005)

... et de nombreux autres prix, notamment pour The Pearce Sisters (qui a remporté une vingtaine de prix d'animation), ainsi que la deuxième saison de Shaun le mouton (prix de la Meilleur Série d'Animation pour enfants aux BAFTA et aux Emmys, et un Writer's Guild Award).

Aller plus loin

Affiche de l'exposition "Aardman, l'art qui prend forme"
Affiche de l'exposition "Aardman, l'art qui prend forme" © Art ludique

- le site officiel de l'exposition au musée Art Ludique

- le site officiel d'Aardman (en anglais)

- la chaîne Aardman sur Youtube

- le site officiel de Shaun le Mouton (en français)

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