• En ouverture le dimanche 14 octobre à 15h00 : la projection de Shirin sera suivie d'un échange entre Abbas Kiarostami et Alain Bergala - À 17h45 une signature d'Abbas Kiarostami aura lieu à la librairie du Louvre et à 18h00 la projection de Frontière de Harutyun Khachatryam- Lundi 15 octobre à 20h30 lecture de poèmes d'Abbas Kiarostami, suivie de la projection de Five

On a souvent souligné la singularité de la figuration persane dans les arts de l’Islam, une singularité qui n’est peut-être pas étrangère à l’essor du cinéma iranien apparu, dès 1900, à la cour du Shah. Lorsque les films d’Abbas Kiarostami ont commencé à être montrés en Occident, nombreux sont ceux qui ont voulu saisir, dans le langage figuratif du cinéaste et photographe iranien, l’héritage d’une certaine tradition mêlant esthétique persane et spiritualité soufie. On a ainsi pu trouver dans quelques miniatures l’origine de certains de ses motifs, telles ces routes serpentant dans des paysages infinis, sources inépuisables d’inspiration et de sensations, et qui parcourent plusieurs de ses filmsdont Roads.« Tout mouvement, toute action que nous faisons, dérive de notre tradition culturelle. Même rompre avec la tradition est une façon de la reconnaître » répond Abbas Kiarostami. S’il ne renie pas cet héritage, c’est avant tout au nom d’une certaine universalité de l’art qu’Abbas Kiarostami a accepté l’invitation du Louvre, comme en témoigne le thème qu’il a choisi, l’émerveillement face à l’oeuvre. Qu’il naisse devant l’oeuvre de l’Homme ou celle de la Nature, cet émerveillement constitue depuis longtemps un des thèmes de prédilection du cinéaste, poète et photographe iranien. C’est à travers lui qu’Abbas Kiarostami interroge la notion esthétique du hors-champ, incitant par exemple, dans Shirin, le spectateur à transcender le mystère du non-visible pour imaginer l’oeuvre regardée, à dépasser le statut de simple consommateur d’art pour se comporter, à son tour, en créateur. C’est encore à travers ce thème qu’Abbas Kiarostami pose également la question, plus universelle, du rapport à l’art et à la Nature. Car l’émerveillement devant les chefs d’oeuvre de la Nature, générant méditation et mélancolie, notamment à l’oeuvre dans Five, touche en effet à l’universel. Une dimension indissociable de la culture japonaise, culture dont Abbas Kiarostami se sent particulièrement proche, comme en témoigne une part importante de son oeuvre.Dans le cadre de cette carte blanche - qui se conclut en décembre avec une sélection de ses courts-métrages - Abbas Kiarostami a souhaité faire découvrir au public Border, un film atypique realisé en 2009 par le cinéaste Harutyun Khachatryan, qui pose encore, à sa manière, les questions de la figuration et de la transcription du réel par l’art, interrogeant les notions de « réalité » et de « fiction » ainsi que leur porosité. « Que ce soit du documentaire ou de la fiction, énonce le cinéaste, le tout est un grand mensonge que nous racontons. Notre art consiste à dire de sorte qu’on le croie ». Le film comme « évidence », évidence de la pensée faite images plutôt que comme « documentaire » ou « fiction », une notion, selon Jean-Luc Nancy, toujours à l’oeuvre dans le cinéma de Kiarostami, profondément liée à la manière dont celuici conçoit et figure l’existence : une quête sur le chemin vers la vérité.

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