Un univers reconnaissable dans lequel on n'aurait pas envie de vivre, un suspense intenable souvent glauque : Stephen King écrit des romans empreints de malaise qui restent des références parmi les romans d'horreur. Un certain nombre d'adaptations télé et ciné ont été réalisées, mais que nous en reste-t-il ?

Stephen King
Stephen King © Getty / Marc Andrew Deley

Stephen King possède une écriture très visuelle ce qui permet une adaptation de ses romans bien que certains soient fantastiques. A contrario, Howard Philips Lovecraft, tout en ayant une écriture visuelle, propose un univers d'horreur tourné vers l'imaginaire, plus que vers le descriptif. L'utilisation constante de termes superlatifs (l'entendement humain est toujours dépassé par les visions d'horreur) amène les personnages à la folie et non au raisonnement possible. Comparez la fin de Les rats dans les murs et à la folie du personnage principal au combat mené par la bande des ratés dans It

Les personnages de King sont reconnaissables : des dialogues vulgaires, des personnages très marqués par leur binarité (mal ou bien, victime ou bourreau), leur caractère, leur violence spécifique (Dans Rose Madder, 1995 : l'homme contre la femme). Les personnages sont avant tout américains et c'est cette "américanité" qui reste l'un des sujets d'étude de l'écrivain, c'est pour cela qu'il choisit des petites villes américaines, qui semblent calmes et tranquilles mais qui sont ravagées de l'intérieur par la violence, les jalousies et l'alcoolisme. Je ne peux que vous conseiller de lire Le complexe du loup-garou, étude de Denis Duclos sur la fascination de la violence dans la vie et la culture américaine, dont Stephen King imprègne ses livres. Pour Duclos, plus le Mal est grand, plus le Bien sera puissant et pourra triompher, mais l'un ne va pas sans l'autre. C'est également la liberté, grand paradigme des Etats-Unis (notamment celle de porter des armes) qui constitue, semble-t-il l'un des fondements de cette violence. 

Et n'oubliez pas, comme le dit Julien Bisson, dans l'émission Blockbusters consacrée à Stephen King :

Pour Stephen King, il y a toujours deux types de monstres, ceux qui sortent de votre imagination et ceux que la société américaine fabrique. Et il essaye de traquer dans l'Amérique pourquoi ce pays nourrit autant de monstres ? 

Penchons-nous sur les nombreuses adaptations cinématographiques et télévisuelles de l'écrivain : certains sont sorties du lot, d'autres ont été oubliées sauf par des cinéphiles pointus et par les adorateurs du maître de l'épouvante. L'adaptation de Stephen King est risquée, notamment pour les romans fantastiques et il faut savoir trouver un public. Mais il faut reconnaître qu'il est compliqué d'adapter Stephen King au cinéma. 

Adaptations cinématographiques et télévisuelles les plus connues

Comme on peut s'y attendre, certaines adaptations sont plus "connues", car elles sont servies par des acteurs connus tels Johnny Depp, Tom Hanks ou par de grands réalisateurs comme Stanley Kubrick, John Carpenter ou Brian de Palma. Après sondage (effectué dans un bureau de personnes consentantes), les deux premiers ressortent assez fortement car ils ont marqué leur époque par une représentation de l'horreur et du corps assez particuliers. Coïncidence : ils ont tous les deux fait l'objet de remakes. 

Stephen King est passé maître dans l'art de décrire des scènes de violences, mais également les enfants ou les jeunes adolescents en proie à la violence, comme on le voit dans Ça, The Shining ou dans Carrie. Les livres de l'écrivain ont tendance à voyager dans tous les Etats-Unis, sans se lever de barrières entre états, une autre manière de montrer que la folie touche tout le monde ? 

  • Ça (It, Stephen King, 1986)

La première version connue de Ça est un téléfilm It réalisé en 1990 par Tommy Lee Walland. Un remake, réalisé en 2017, a eu pour effet de remettre le roman sur le devant de la scène. Jouant sur les peurs enfantines puis adultes, le roman a épouvanté toute une génération. La coulrophobie ambiante ne serait-elle pas la faute de ce film ? Le film raconte l'histoire d'une petite ville du Maine, en proie à des enlèvements d'enfants depuis plusieurs siècles. Un monstre y règne en maître. C'est un clown nommé Grippe-Sou. Une bande d'enfants téméraires va s'en prendre au clown et découvrir leur plus grandes terreurs.  

  • Carrie (Stephen King, 1974, premier roman et quel roman !)

Une première version est sortie, suivie de suite, puis d'un remake en 1993 avec Chloé Grace Moretz dans le rôle de Carrie et Julianne Moore dans le rôle de sa mère. La première version, réalisée par Brian De Palma en 1976, s'éloigne du livre dans sa forme et mets aux oubliettes plusieurs scènes. La mère est plus présente et pèse plus sur le personnage de Carrie (Sissy Spacek) dans le livre que dans le film (bien que la performance de Piper Laurie soit très impressionnante). Carrie a fait l'objet d'une certaine fascination, avec Carrie, un téléfilm réalisé par David Carson en 2002, Carrie 2 : La haine, réalisé par Katt Shea en 1999.

Christophe Fiat dans Blockbusters consacré à Stephen King évoque le personnage de Carrie : 

Stephen King dit lui-même qu'il n'a pas aimé Carrie, que ce personne lui a échappé, qu'il se sentait comme dans une combinaison de plongée dont il ne parvenait pas à se défaire !

  • The Shining, Stanley Kubrick, 1980 (The Shining, Stephen King, 1977)

Bien qu'encensé par la critique et devenu aujourd'hui un film culte dans la filmographie du réalisateur, The Shining a été détesté par Stephen King. Plusieurs années plus tard, c'est une mini-série de Mick Garris, réalisée en 1997, sur un scénario officiel du romancier qui marque la vraie émergence de The Shining. Malheureusement pour la postérité, c'est le film qui est encore dans les mémoires. Bande-annonce

Shining
Shining / Warner Bros.
  • La ligne verte, Frank Darabont, 1999 (The Green Mile, Stephen King, 1996) 

Coffee est un grand gaillard accusé de meurtres d'enfants qui arrive dans le bloc E dirigé par Paul Edgecombe, un jour d'été. Paul raconte cette rencontre avec Coffee, son travail avec les autres prisonniers qui attendent leur exécution et les pouvoirs de son étrange pensionnaire. La mort de Coffee reste encore un traumatisme pour ceux qui ont vu le film (R.I.P les mouchoirs). Bande-annonce

  • Fenêtre secrète, Danid Koepp, 2004 (Secret Window, Secret Garden, Stephen King, 1990)

Mort Rainey est un écrivain à succès en plein divorce et en crise d'inspiration. Encore traumatisé de l'adultère de sa mère, il doit faire face au harcèlement d'un homme qui l'accuse d'avoir volé son histoire. Bande-annonce

  • Dead Zone, David Cronenberg, 1983 (The Dead Zone, Stephen King, 1979) 

Un homme, Christopher Walken, se réveille après cinq ans de coma et découvre qu'il a des visions du passé, du futur en touchant quelqu'un ou quelque chose. Il accède alors une zone morte de son cerveau. Une série en 6 saisons a été réalisée. Bande-annonce

The Dead Zone
The Dead Zone / MARY-X Distribution
  • Misery, Rob Reiner, 1990 (Misery, Stephen King, 1987) 

Kathy Bates (devenue une actrice porteuse de l'univers de Stephen King, et que l'on retrouve dans quatre saisons d'American Horror Story, dans différents rôles) endosse le rôle d'Annie Wilkes, la plus grande fan de l'écrivain Paul Sheldon, qu'elle finit par séquestrer afin qu'il réécrive la fin de son roman préféré. Misery est la seule adaptation cinématographique de Stephen King à avoir reçu un Oscar, en l'occurrence de la meilleure actrice, pour Kathy Bates. Le livre a reçu le prix Bram Stoker du meilleur roman. A noter que Rob Reiner a également réalisé Stand by me, sorti en 1987. Bande-annonce

  • Christine, John Carpenter, 1983 (Christine, Stephen King, 1983) 

Arnie Cunningham, un adolescent intelligent et timide, souffre-douleur de sa classe, tombe amoureux de Christine. Tout irait bien si Christine n'était pas une Plymouth Fury modèle 1958 hantée, dotée d'une vie propre et d'une jalousie en bandoulière. Bande-annonce

Christine
Christine / D.R.
  • Chambre 1408, Mikael Håfström, 2007 (1408, Stephen King, 2000) 

Avec Samuel L. Jackson et John Cusack, on pouvait difficilement passer à côté : auteur de romans d'épouvante, Mike Enslin ne croit pas aux fantômes mais est obsédé par la vie après la mort après le décès de sa fille. Pour se prouver qu'il a raison, il décide de passer du temps dans une chambre d'hôtel réputée pour les 56 morts qu'elle a déclenchées : la chambre 1408. Bande-annonce

Adaptations moins "connues" ?

Bien plus dense que la première catégorie, il peut s'agir de suites, de films oubliés ou de films à la réalisation plus modeste. Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, mais plus subjective. 

  • Gerald's Game, Mike Flanagan, 2017 (Gerald's Game, Stephen King, 1992) 

Gérald et Jessie sont un couple banal, à part Gérald aime pratiquer un petit jeu sexuel : il menotte sa femme Jessie au lit pour le sexe. Mais un jour, lors de vacances dans une maison isolée en pleine campagne du Maine, Jessie refuse, Gérald se met en colère. Elle le pousse et Gérald fait une crise cardiaque. Son mari mort, encore attachée au lit, et sans voisins autour d'elle, Jessie fait une introspection et nous embarque dans son enfance au gré de ses cauchemars... Bande-annonce

  • Dolores Claiborne, Taylor Hackford, 1995 (Dolores Claiborne, Stephen King, 1992) 

Kathy Bates retrouve encore une fois un rôle kingien avec celui de Dolores Claiborne, une femme aux prises avec une ville entière qui la soupçonne d'avoir assassiné son mari, homme violent comme on l'apprend durant le film. C'est le retour de sa fille à la maison, qui lui permet de se pencher sur ses souvenirs et sur un côté encore plus sombre de son mari... De la même manière que dans d'autres films, la violence est visuelle et surtout soudaine, la première émergence de violence arrive durant un souvenir, alors que Dolores "tacle" son mari pour une broutille, on ne s'attend pas au coup de chaise dans le dos qui suit... Bande-annonce

  • Cœurs perdus en Atlantide, Scott Hicks, 2001 (Hearts in Atlantis, Stephen King, 1999) 

Bobby Garfield revient dans sa ville natale de Harwich, dans le Connecticut, pour les funérailles d'un ami. C'est l'occasion pour lui de se souvenir de son enfance dans cette petite ville, de Ted Brautigan, un vieil homme énigmatique, à qui il faisait la lecture et pour qui il surveillait sa maison, et de sa mère qui l'a repoussé toute son enfance. Bande-annonce

  • Le Bazaar de l'épouvante, Fraser Clarke Heston, 1993 (Needful Things, Stephen King, 1991) 

Dans le magasin de Leland Gaunt, chacun peut y trouver tout ce dont il a toujours rêvé. Mais ce que l'on y achète est vraisemblablement empoisonnés et réveillent toute la haine enfoui en chacun des habitants de la ville. Les conflits insignifiants tournent alors aux meurtres sanglants. Bande-annonce

Les œuvres inspirées de l’univers de Stephen King

Il existe également beaucoup d’œuvres qui ont été inspirés par l'oeuvre de Stephen King sans être basé sur ses romans, comme Le journal d'Ellen Rimbauer réalisé en 2003 qui reprend l'univers de Rose Red

Certains réalisateurs ont, semble-t-il, adoré les livres de Stephen King, tel que (le grand) Georges A. Romero, avec La part des ténèbres (réalisé en 1993), Creepshow (qui n'est pas une adaptation, mais un scénario de Stephen King) réalisé en 1982 (et suivi de trois suites), Tobe Hooper avec Les vampires de Salem (1980), La presseuse diabolique, (1995), Lewis Teague, avec Cujo (1983), Cat's eye (1985), Tom Holland avec La peau sur les os (1996), Les Langoliers, un téléfilm en deux parties de 1995, Mick Garris avec Quicksilver Highway, téléfilm de 1997 et Desolation, téléfilm de 2006, La nuit déchirée, datant de 1992 (basé sur un scénario de Stephen King) et Riding The Bullet, film de 2004. Frank Darabont s'est également prêté au jeu avec The Mist, film de 2007 et Les évadés, film de 1994. Craig R. Baxley, quant à lui, a réalisé Rose Red en 2002 et Le journal d'Ellen Rimbauer en 2003.

Nous ne pourrions pas évoquer toutes les adaptations réalisées sur la base des romans de Stephen King. Mais évoquons Un élève doué de Bryan Singer, réalisé en 1999, Running man (avec Arnold Schwarzenegger) par Paul Michael Glaser en 1987, Couple modèle de Peter Askin en 2014, La Tour sombre de Nikolaj Arcel, en 2017 avec Idris Elba, Matthew McConaughey. Et il en existe bien d'autres. Stephen King étant un acteur prolifique, des adaptations en sont production comme Docteur Sleep, suite de The Shining.

Des séries ont bien sûr été créées, notamment 22.11.63 basé sur le livre éponyme 11.22.63 sorti en 2011 (bande-annonce).

Stephen King réalisateur mais pas que...

Stephen King s'est fait lui-même réalisateur avec Maximum Overdrive, réalisé en 1986 et scénariste, notamment pour la série Contretremps, réalisé en 1991. 

Aller plus loin

► A LIRE : Stephen King France, le site de référence

► A ECOUTER : Blockbusters - Stephen King, l'Amérique de l'épouvante

► Découvrez le classement des meilleurs adaptations de ses œuvres selon Stephen King (source : Stephen King goes to the movies, 2009) : Chambre 1408, Cujo, Dolores Claiborne, La ligne verte, La tempête du siècle, Les évadés, Misery, Stand by me, The mist, Un élève doué. 

► A LIRE : Le complexe du loup-garou, étude de Denis Duclos

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.