Tomi Ungerer
Tomi Ungerer © Radio France / Vincent Josse

81 ans et toujours un côté ado. Il marche avec une canne, mais il a installé une sonnette sur le pommeau et ponctue parfois ses phrases de « dring dring », peut-être pour éviter de se prendre au sérieux. Quand des politiques visitent son musée à Strasbourg, avec ses dessins et sa collection de jouets, il lance des pétards par la fenêtre du 1er étage pour affoler les gardes du corps.

Ungerer est un doux rebelle, un artiste qui ose et qui a osé. Il doit son esprit frondeur à sa naissance. Alsacien, il voit mourir son père à 3 ans et subit le nazisme, avec interdiction de parler français et le choc de voir des morts autour de lui. Quand l’Alsace redevient française, sa vie n’est pas plus douce. Il peine à l’école au point de la quitter pour se former tout seul. Et dans son propre pays, il est souvent traité de sale boche.

A New York où il part vivre à 25 ans avec 60 dollars en poche, il se fait remarquer par l’originalité et le culot de ses livres pour enfants. Avant lui, dans les livres, on prenait les enfants pour des imbéciles en ne leur montrant que des lapins, des nuages, un monde merveilleux. Lui dessine des animaux a priori pas sympathiques, des serpents, le fameux boa "Crictor", des cochons, des chauves souris, des pieuvres, il n’hésite pas à faire peur aux enfants, pour leur apprendre à affronter leurs peurs. Il connaît le succès mais rencontre aussi de sacrées résistances: « Ce qu’on m’a reproché, affirme-t-il à Brad Bernstein, c’est la peur distillée dans mes livres pour enfants. Je suis la bête noire de tous les pédagogues. Ils ne veulent pas susciter la peur ou évoquer la réalité : pas de sang, d’alcool, de cigarettes. »

Comme Tomi Ungerer est un homme libre, curieux, estimant que la vie est absurde et qu’il faut se dépêcher de tout oser et tout dire, Ungerer dénonce la ségrégation raciale à laquelle il assiste. Il se met à la politique avec des dessins satiriques, croque avec ses crayons, en pleine guerre du Vietnam, une Amérique triomphante et capitaliste. Amateur d’érotisme, il dessine par ailleurs des femmes nues faisant l’amour avec des machines. L’Amérique est choquée et le punit : on interdit ses livres dans les bibliothèques jeunesse. Il se réfugie en Irlande, sa terre d’adoption. L’Irlande où, vous le voyez ici, comme aux Etats Unis ou à Strasbourg, trainer sa longue silhouette malingre et ses yeux bleus mi rieurs, mi tristes, entre deux aveux bouleversants ou savoureux: « Chez une femme, je ne cherche pas un physique particulier, peu importe. Si elle a un beau postérieur, encore mieux, je le dessine. Il y a des derrières bougons, des derrières en colère, des derrières qui sourient. Quand un joli derrière se met à sourire, c’est fantastique ! Ca se saisit à pleines mains, une paire de fesses qui sourit. J’ai fait un livre sur le derrière, un livre allemand, dans la préface, je l’ai dédié à mon propre postérieur ».

Retenez la devise de l’octogénaire aux yeux bleus, Tomi Ungerer : « N’espérez pas, débrouillez-vous, prévoyez l’imprévu ».

"Tomi Ungerer: l'esprit frappeur", de Brad Bernstein, en salles.

Le film
Le film © Radio France
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