C’est l’âge des premières fois, des doutes, des choix et des craintes

ADOLESCENTES
ADOLESCENTES © Sébastien Lifshitz

A cet âge clef, on abandonne l’enfance mais en même temps perdure une certaine inconscience et une innocence du monde. C’est aussi l’âge où en général on vient de quitter le primaire pour entrer au collège et peu après le lycée. C’est aussi un temps où les injonctions à se définir, injonctions familiales, sociales et sexuelles, commencent à se faire pressentes. Qui es-tu ? Que désires-tu ? Quels sont tes talents, tes compétences ? Comment envisages- tu ton avenir ? Autant de questions qui sont encore ouvertes mais qui instillent un état de doute, de désarroi et souvent de perdition. La majorité des adolescents à cet âge-là n’ont aucune réponse à ces questions.

Anaïs et Emma, si dissemblables et si complémentaires, sont devenues, à la marge de Jacques Demy, mes demoiselles de Brive !

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ADOLESCENTES / AGAT FILMS &CIE – ARTE France Cinéma – LES PRODUCTIONS CHAOCORP 2019

Mon regard sur l’adolescence s’est révélée être aussi une enquête sur les familles, tout comme sur les déterminismes sociaux qui dirigent l’éducation des ados.

Avec Emma et Anaïs, le contrat était simple : on se voit de temps en temps, et dans ces moments, on est beaucoup, voire tout le temps ensemble. Et quand on ne se voit pas, on se téléphone, on reste en contact. Ça pouvait être des jours « événementiels », un anniversaire, un spectacle. Mais aussi des jours plus ordinaires, les jours d’ennui, d’attente, du rien, qui est un des sujets récurrents de l’adolescence. Et puis, il y a aussi eu les jours littéralement imprévisibles comme par exemple les premières vagues d’attentats en France. Moments terribles qui sont venus s’immiscer dans la relative quiétude de leur vie de province, auxquels se sont ajoutés les drames de leur vie personnelle que nous devions filmer aussi délicatement que possible.

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ADOLESCENTES / AGAT FILMS &CIE – ARTE France Cinéma – LES PRODUCTIONS CHAOCORP 2019

Toute mise en scène de la réalité vient rompre le réel. Devant l’objectif, les deux filles vivaient un fantasme puissant d’être actrices. Elles m’offraient d’abord une image fantasmée d’elles-mêmes. Je laissais faire, il fallait que ça sorte. Et puis, généralement, au bout de deux heures, le « show » s’arrêtait et elles redevenaient elles-mêmes. C’est là que le film pouvait commencer pour moi.

Leur manière d’envisager l’avenir est un mélange de provoc et de crainte : « Et si on devenait comme nos mères ? Mariées, avec des gosses et un chat ! ».

L’adolescence est un continent à la fois ténébreux et ensoleillé.

Entretien avec Sébastien Lifshitz / Ad Vtam

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ADOLESCENTES / un film de Sébastien Lifshitz
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