Pas plus que l’hirondelle ne fait le printemps, l’affiche ne fait le film, d’accord. Mais trois sorties récentes donnent quand même à réfléchir sur ce mode de communication si particulier. Certes, rien n’indique ni dans la Constitution de 1958, ni dans la Charte des Nations Unies, ni dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen que l’affiche d’un film doit refléter son contenu. Je vous l’accorde bien volontiers. Mais jugez plutôt : -L’affiche du nouveau film de M. Night Shyamalan, « Phénomènes » représente une route encombrée de voitures arrêtées sur le bas-côté, toutes portières ouvertes. Une image de fin du monde. Seulement voilà, dans le film que nous pouvons voir actuellement, cette scène n’existe pas. Il est possible qu’elle ait été tournée. Il est certain qu’elle ne figure pas dans le montage final. C’est elle que les distributeurs (français ?) ont choisie. C’est un peu comme si la nouvelle affiche vantant les mérites des farines Le Joufflu (merci Jean Yanne !) représentait une brosse à dents, par exemple. Plus sérieusement, pourquoi ce choix ? Mystère et phénomène !- L’affiche du nouveau film de Carole Laure à présent. Intitulé « La Capture », il raconte très explicitement comment une fille retient prisonnier son père coupable des pires violences conjugales. Or, que nous montre ladite affiche ? au second plan le visage de la jeune fille, au premier plan ses pieds lourdement entravés par une corde. C’est donc par rapport à l’histoire racontée le monde à l’envers. Question : une jeune fille entravée à la japonaise fait-elle plus « vendre » qu’un quadra enchaîné à un radiateur ? Le film de Carole Laure serait une série B, passe encore, mais son propos est presque militant, social. Alors que signifie cette affiche qui montre le contraire de ce que va voir le spectateur ? Mystère et entrave !-Troisième et dernier exemple : l’affiche du film « La Personne aux deux personnes » avec Chabat et Auteuil. Ces deux derniers occupent à parité l’espace de l’affiche. A l’image des films de tandem (Bourvil/ De Funès, par exemple). Seulement voilà, dans la réalité, l’acteur Chabat disparaît physiquement de l’écran au bout d’un quart d’heure de film pour ne subsister que vocalement. Est-il alors bien raisonnable de « vendre » ce film comme celui d’un véritable tandem ? On nous vend un Auteuil plus un Chabat et on se retrouve vite fait avec un seul Auteuil. Là, il est peut-être un peu trop naïf de demander pourquoi. Chabat, c’est un vrai plus pour le film, alors lui accorder sur l’affiche la place réelle qu’il occupe dans le film serait une boulette commerciale. Mystère et fil blanc !Qui a dit : ça la fiche mal ?!La phrase du jour : « Je sais enfin ce qui sépare l’homme de la bête, ce sont les ennuis d’argent. » Jules Renard

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.