J’ai envie de vous parler d’une parution récente chez Gaumont Vidéo. Il s’agit du quatrième et dernier coffret de l’intégrale en DVD des films de Michel Deville, ce cinéaste un peu délaissé et pour lequel j’ai une réelle tendresse. Certains de ses films sont à découvrir ou à redécouvrir d’urgence : « Raphaël ou le débauché », avec l’impeccable Maurice Ronet, « La Femme en bleu » ou la rencontre d’un superbe couple de cinéma formé de Léa Massari et Michel Piccoli, « Le Dossier 51 », un film glacé et glaçant avec François Marthouret entre autres (chez Deville, les castings sont la plupart du temps réjouissants : c’est un cinéaste qui adore manifestement les acteurs et les dirige à la perfection), « Eaux profondes » avec Isabelle Huppert dans une adaptation perverse à souhait d’un roman de Patricia Highsmith et puis encore « Les Capricieux » réalisé pour la télévision et que son actrice principale, Nicole Garcia, vénère. D’autres encore et parmi eux un petit joyau d’amoralité joyeuse ! Écrit et réalisé en 1976 par Michel Deville, « L’Apprenti salaud », tel est son titre, justifie à lui tout seul l’achat de ce coffret de DVD. Il raconte l’improbable alliance entre Antoine Chapelot, quincaillier quinquagénaire, avec Caroline Nattier, stagiaire chez un notaire. Elle, c’est Christine Dejoux, lui, c’est Robert Lamoureux. Elle et lui vont devenir escrocs à Briançon au détriment d’une certaine famille Forelon. Je vous laisse le soin et surtout le plaisir de faire connaissance avec ces deux-là. Leur complicité fait plaisir à voir et, selon la juste expression consacrée, ils s’entendent comme larrons en foire. Chez Deville, comme chez Marivaux ou Beaumarchais, on joue sans cesse. L’injuste Voltaire aurait dit que l’ « on y pèse des œufs de mouche dans des toiles d’araignée ». D’autres penseraient à des volutes de fumée odorante mais par définition éphémères. Autrement dit, une caricature de cette légèreté qui, dans ce théâtre comme dans ce cinéma, cache évidemment une gravité que le piètre tragédien Voltaire ne savait en fait atteindre et jalousait en secret. Si je garde en mémoire cet « Apprenti salaud » avec tant de plaisir, c’est précisément parce qu’il s’agit d’une comédie en forme de conte amoral. C’est cette intelligence, ce brio et cette verve que l’on aimerait retrouver dans les comédies françaises actuelles, alors que les cibles sont parfois les mêmes : une société cupide et conformiste, rien n’ayant vraiment changé de ce point de vue sous notre soleil. Et puis au milieu de ce film rayonne un acteur parfait, Robert Lamoureux, un acteur du Boulevard et des portes qui claquent, comme Jacqueline Maillan. C’est-à-dire des acteurs qui, dirigés par de vrais auteurs, s’avèrent être de redoutables mécaniques. Chéreau pour Maillan, Deville pour Lamoureux. De quoi donner des regrets de ne pas les avoir vus plus souvent mieux employés. Amusez-vous l’œil et l’esprit avec cet « Apprenti salaud », vous m’en direz des nouvelles…La phrase du jour ?« Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terreNous naissons de partout nous sommes sans limites. »Paul Eluard, "Notre mouvement"

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