Lecture (jalouse, très jalouse !) d’un article de Francis Marmande dans… « Le Monde » daté d’hier soir ! Intitulé « Le mythique José Thomas et l’inattendu Sebastian Castella triomphent à Bayonne », il s’agit d’un compte rendu brillant de la corrida d’ouverture de Feria bayonnaise. Que les farouches « Antis » se rassurent, ce blog ne va pas se transformer en chronique taurine. Je ne renie rien de mes passions, mais je laisse à Marmande, Durand et quelques autres le soin de parler de ce qu’ils connaissent si bien. En lisant cette chronique parfaitement ciselée, je me suis demandé s’il ne fallait pas essayer d’écrire la critique d’un film comme le compte rendu d’une corrida. En essayant de se tenir au plus près du film, de ce qu’il veut dire, de ce qu’il veut montrer. Que le critique de cinéma « s’engage » comme le fait le critique taurin en racontant le spectacle avec précision et poésie, technicité et lyrisme. En mêlant intimement notations subjectives et objectives. Ce deviendrait ainsi le récit du film vu. Pourquoi cette envie (avec la quasi certitude qu’elle est un leurre !), pourquoi cette drôle de proposition ? Simplement, parce la chronique de Marmande donnait le regret de ne pas avoir été là, à ce moment là. Regrets éternels assurés puisque par définition la corrida est un art fugitif, spectacle « vivant de mort » par excellence. Mais appliquer au cinéma et aux films cette urgence dans le compte-rendu est une vraie tentation. Faire comme si ou presque le film chroniqué n’était plus visible pour susciter l’envie, le regret du lecteur… Mais, magie du cinéma oblige, le spectateur ainsi titillé pourrait, au contraire de la corrida, se précipiter dans l’arène, pardon dans la salle, pour confronter ce récit du combat d’un film avec ses propres émotions.Le film comme un combat dont on pourrait déterminer un vainqueur et un vaincu ? C’est presque une évidence, après tout. Souvenez-vous de la phrase de Truffaut (on réalise contre le scénario, on monte contre la réalisation). S’il ne s’agit pas là de deux combats successifs, qu’est-ce que c’est ? et ils ne sont que deux parmi d’autres (le scénariste contre le co-scénariste, le réalisateur contre ses acteurs et inversement, le réalisateur-auteur contre lui-même, ses envies, ses démons, ses doutes, etc). Alors, oui, la critique de cinéma pourrait prendre les allures de ce récit, d’un spectacle disséqué à travers ses moments faibles et ses moments de grâce, ses moments d’ennuis aussi, ses ratages complets et ses réussites foudroyantes. Tous comptes rendus.Ce corps à corps avec un film, cette implication plus forte que d’habitude, cette volonté d’être au plus près du film, ce serait peut-être le meilleur moyen de dire au cinéma et surtout à tous ceux qui le font : n’oubliez pas qu’on vous aime. On en revient ainsi et toujours à la définition de la critique de cinéma par Jean Douchet le talentueux passeur : c’est « l’art d’aimer », selon lui. Pour être à cette hauteur-là, à ce degré d’exigence, on aimerait à chaque fois revêtir des habits de lumière, c’est à dire inspirés et éclairants, quand on se lance en terre critique !Ah ! ça ira !« La joie, chez elle, n’excluait pas la gravité, elles se conjuguaient au contraire dans une très rare attention à l’humanité de l’autre. »Claude Lanzmann, « Le Lièvre de Patagonie Mémoires », à propos de Simone de Beauvoir

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