La polémique enfle quelque peu portée par « Libération » notamment : le Dumas joué par Depardieu dans « L’Autre Dumas » n’est-il pas un peu trop blanc, un peu trop blond par rapport à la réalité… métissée de l’auteur des « Quatre Mousquetaires » ? On peut évidemment fermer le ban aussitôt en proclamant qu’en art tout est permis. De même que le tandem Decoin-Dayan avait transformé dans leur Monte Cristo télévisuel un ange noir de la vengeance en un solide gaillard rubicond bien décidé à jouir de sa liberté retrouvée. L’important n’est-ce pas, c’est de faire de beaux enfants à l’histoire, comme disait Dumas lui-même pour justifier ses anachronismes et autres petits arrangements avec la réalité. Il est quand même troublant de retrouver dans ces deux cas la figure de Depardieu qui n’est ici en cause que pour une seule raison : les deux projets n’auraient pu se faire sans son nom. Ecartons-le par conséquent de toute cette affaire : son talent n’est pas en cause. Et dans les deux films, il le met au service de ses deux rôles. Autrement dit, il fait son métier. Et il le fait à la perfection.Sinon, un léger trouble demeure face à la polémique qui enfle. Et pourtant on sent que le débat a été faussé dès le départ. Certes, le réalisateur du film « L’Autre Dumas » ne manque pas d’air quand récemment dans les colonnes de « Libération » et sans qu’il soit alors question de son film, il écrit que la France a un problème avec son identité. On avait envie de lui répondre que gommer la « différence » de Dumas à l’écran n’était pas forcément le meilleur moyen de contribuer au débat en cours sur la diversité de la République ! Montrer Dumas le basané crépu, c’est d’une certaine manière, et pas la plus mauvaise, répondre aux tenants d’une pureté nationale parfaitement factice. A contrario, escamoter totalement cette dimension, c’est pour le moins maladroit. Certes, Dumas n’est ni Luther King, ni Malcom X : sa vie n’est pas celle d’un combat politique pour la reconnaissance des droits. Mais, on sait et les auteurs de « L’Autre Dumas » en tête, que Dumas durant sa vie dut affronter de temps en temps les assauts d’un racisme ordinaire. Certes, ce n’est pas le sujet du film. Mais est-on certain que cela ne pesa pour rien, y compris dans ses démêlés avec son « nègre » Maquet ? Si la réponse à cela c’est Depardieu, alors le débat n’a plus lieu d’être répétons-le. Si en revanche on a laissé passer en toute connaissance de cause l’occasion d’utiliser cette dimension du personnage, y compris pour les besoins du divertissement et de la fiction, c’est dommage. Au fond, la morale de l’histoire est simple : il reste un film à faire sur ce Dumas exilé de l’intérieur, sur ce Dumas demi-nègre de lui-même. Pour le reste, allez voir « L’Autre Dumas ». Le seul quarteron que l’on y trouve c’est un « quarteron » d’acteurs ! Depardieu, Poolvorde, Mouchet et Blanc dans une forme éblouissante. Ils jouent, il s’amusent. Et nous avec.Vite, un film !Je me souviens de Bernard Menez qui chante et danse « Je suis le roi, le roi de la samba » sur un rythme brésilien dans une scène de « Maine Océan » de Jacques Rozier.

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