Oui, allez voir ça, s'il vous plait. Par "ça", je veux dire trois films radicalement différents, mais pas forcement opposés, soit trois façons de faire du cinéma en 2011. Trois propositions, comme on dit désormais. Deux en mode majeur, une en mode mineur. Parce qu'on ne peut pas tout le temps tutoyer les étoiles. Et parce que le mode mineur mais réussi ne court pas les rues ou plus précisément n'encombre pas les salles, vous en conviendrez. Or, donc, si vous m'en croyez, allez voir sans plus tarder : "Une séparation" d'Azhgar Farhadi "Mafrouza" d'Emmanuelle Demoris "Pourquoi tu pleures?" de Katia Lewkowicz A propos du premier, tout vous a déjà été dit, ou presque. Qu'ajouter d'original au concert de louanges méritées qui ont accompagné la sortie de ce superbe film iranien ? C'est juste après "Incendies", l'objet cinématographique le plus stimulant de ces derniers mois. Au fond ces deux films renouent tout simplement avec l'essence du cinéma : une autre façon que la littérature, la peinture, la musique, la sculpture notamment, de raconter une histoire. Un "il était une fois" semblable et différent, parce qu'il fait appel à plusieurs de nos sens à la fois. Si cette "séparation"-là nous touche tant, c'est, comme "Incendies" décidément, en raison d'une universalité singulière ou d' un particularisme universel, c'est au choix, qui met le spectateur en position particulièrement active. Ces films nous traient bien et nous respectent, tout en nous mettant face à nos propres contradictions. Ils nous laissent dans un état d'intranquillité dont nous avons impérativement besoin pour ne pas devenir de petits spectateurs sans conscience. Le second film vient tout juste de sortir en salles ce mercredi. Un film ? Cinq pour être honnête, autant dire douze heures de cinema au total. Et dont j'ai vu jusqu'à présent les deux premiers volets. Mais pourquoi vouloir regarder en face la vie quotidienne de ce bidonville d'Alexandrie qui soit dit en passant n'existe même plus ? Tout simplement parce que le "il était une fois" évoqué un peu plus haut trouve ici une application d'autant plus formidable qu'elle est cette fois bien réelle et non fictionnée. Les habitants de ce quartier improbable deviennent grâce à la passion ardente de la réalisatrice (française) des figures auxquelles on s'attache définitivement. Ce petit monde qu'on croirait parfois tout droit sorti d'une comédie italienne mais dont il faudrait alors complexifier le titre : les Hassan et autres Khattab ne sont ni affreux, ni sales, ni méchants. Mais sont, tout simplement, empêtrés dans une Egypte dirigée alors par Moubarak et sans cesse questionnée par les intégristes musulmans. Je sais, je sais, je sais, conseiller l'équivalent de six films de deux heures, ce n'est pas raisonnable : vous n'avez pas que ça à faire ce week end ! Et pourtant, commencez par le premier épisode " Oh la nuit" et, vous verrez, c'est bien plus addictif et bien plus merveilleux à suivre qu'une série américaine de qualité... C'est dit ? C'est dit ! Enfin, parce que c'est bon de rire un peu et intelligemment de temps en temps, précipitez-vous et craquez comme moi, j'espère, au premier film de Katia Lewkowicz une jeune réalisatrice française qui a tout compris à la comédie, la vraie pas la grasse et grosse. "Pourquoi tu pleures ?" dynamite merveilleusement son sujet banal ( un homme qui doute l'avant-veille de son mariage) en se jouant de tous les pièges et de tous les clichés. Le résultat est hautement réjouissant avec en appui un casting parfait jusqu'aux seconds rôles mais dont on citera d'abord la définitivement étonnante et sidérante Emmanuelle Devos, puis Benjamin Biolay parfait et Nicole Garcia et Valerie Donzelli et etc... ! Et une mention toute particulière pour une quasi-inconnue (de moi !)Sarah Adler, la femme qui chante, qui pleure et qui rit, une incroyable présence dans un rôle secondaire mais premier. Alors, oui, allez rire sans complexe pour mieux pleurer un peu, puisque cette comédie a tout compris, on vous le dit : elle nous fait le coup de l'émotion en douce. On vous le dit, dans son genre si difficile à réussir, "Pourquoi tu pleures ?" est un film plus que parfait. Vivement le prochain Lewkowicz ! Sinon quoi ? Rien ! Mais allez au cinema, hein ?!

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