Impatience, plaisir et émotion : je ne saurais mieux résumer mon état d’esprit durant cet après-midi où nous avons rencontré Pedro Almodovar dont le film « Etreintes brisées » est en compétition. Durant un quart d’heure en tout et pour tout, ce qui pour Cannes est une moyenne tout à fait acceptable. De ce qui s’est réellement dit, je ne vous rapporterai rien puisque vous pourrez l’écouter en direct dans l’émission de vendredi prochain ou en podcast ensuite. De la rencontre elle-même en revanche, il m’est possible de vous parler. Almodovar est ce que dans notre jargon, nous appelons « un bon client », j’en avais déjà fait l’expérience lors de la sortie de « Parle avec elle » puis de « Volver ». Un bon client n’est jamais rétif, c’est au contraire l’ interlocuteur qui écoutant votre question y répond avec intérêt même si elle n’en avait aucun ! En bon méridional qu’il est le cinéaste aime parler, se raconter, s’ expliquer. Le regard qu’il porte sur son travail est toujours passionnant. D’où le seul sentiment qui prédomine vraiment : la frustration d’un entretien qui est court par définition. Fait rarissime dans ces circonstances, Almodovar lui-même a exprimé le souhait d’aller un peu au-delà du temps imparti. Preuve au moins qu’il ne s’ennuyait pas ! Question sacrilège : au fond, qu’a-t-on vraiment à dire à un artiste dont on trouve les films émotionnellement purs, c'est-à-dire capables de vous parler en direct ? Après « ¨Parle avec elle », que voulez-vous dire à Almodovar ? Toutes les questions seront périphériques, accessoires et presque anecdotiques. Parce que’ l’essentiel est ailleurs : dans l’entretien secret que chacun continue d’avoir avec le film au cours de sa vie. Ce sont les films qui nous parlent, pas les cinéastes. D’où des rencontres parfois décevantes. On n’est jamais déçu quand on dialogue avec un film que l’on aime ! Mais pas de déception non plus avec Almodovar lui-même puisqu’il parle vraiment.La phrase du moment :« L’heure est venue : je pense à me faire plaisir. »Pedro Almodovar, mai 2009

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