Ainsi donc, derrière « Bill » se cachait Adolf… Kill Bill était une simple répétition avant de passer à la phase 2 : « Kill Hitler ». Uma n’était donc qu’une anticipation de Mélanie et ainsi de suite. C’est ce qui, à mes yeux, cloche gravement avec « Inglorious Basterds » le nouveau film de Tarantino qui sera en salles mercredi prochain. Depuis la tragédie grecque, on sait bien que la vengeance est un plat littéraire qui se dévore à toutes les sauces : froide, chaude, glacée, rouge, verte, vierge, vinaigrette, j’en passe et des plus corsées. Pas un siècle sans son vengeur masqué et fou, Dumas ayant donné au XIXè son ange noir en la personne d’Edmond Dantès, le dingue à la mémoire longue. Donc, oui, Tarantino a bien raison de nous faire et refaire à toutes les sauces existantes le coup de Caliméro qui abandonnant un sombre matin sa coquille d’œuf décide de punir toutes celles et tous ceux qui se sont moqués de lui et d’elle (sa coquille !). A partir de là, on ventile, on disperse, on sulfate et le tour est joué. Avec à la clé une seule question cruciale : mais comment notre Caliméro chéri va-t-il venir à bout de tous les méchants qui l’ont dénigré ? Si on voulait bien être sérieux cinq minutes, on verrait ici la vengeance millénaire de l’offense faite au Christ aux outrages. Mais ce serait une autre histoire judéo-chrétienne. Notre Quentin en reste lui à l’histoire du siècle dernier et à son trou noir, le Nazisme. Il se dit : tiens, si avec un film de guerre à la Robert Aldrich, je vengeais les victimes de la Shoah en imaginant l’assassinat d’Hitler. Où ça ? Dans un cinéma évidemment. Au cas où certains n’auraient pas compris depuis le temps que la salle de cinéma est le lieu de toutes les résolutions, de toutes les expiations, de tous les transferts, de toutes les catharsis. De tout tout, quoi. Puéril, enfantin, dites-vous ? C’est le moins que l’on puisse dire. Et finalement, on préfère de loin le Tarantino qui ne se prend pas au sérieux et déjoue les codes du film de genre plutôt que le même qui tout d’un coup endosse des habits un peu trop grands pour lui. Refaire l’histoire, pourquoi pas ? Refaire l’Histoire, c’est autre chose et dans le cas présent on sait où cela mène. Tarantino s’amuse beaucoup semble-t-il, mais là on n’a plus trop envie de jouer avec lui. Et surtout quand s’arrêtant de jouer ou presque, il commence à se prendre au sérieux et s’enferme dans son film comme un enfant qui refuserait de voir la vraie vie, avec Hitler en ligne de mire et l’histoire du « siècle-tragédie » en fond de scène. Tout devient lourd, balourd et surtout terriblement ambigu. L’esprit d’enfance ne saurait tout justifier et surtout pas l’inconséquence. Pas plus d’ailleurs que le cinéma ne saurait se confondre avec le réel et ses gouffres.Ah ! ça ira !La phrase du matin ?« J’appartiens à une catégorie d’hommes qui ont tant et si bien regardé toute leur vie la lumière que parfois ils sont devenus aveugles de l’aimer. »Louis Aragon

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