C’est le syndrome du troisième jour : le temps passe plus lentement, on est fatigué, la montée est plus difficile, on a soif plus souvent, sans compter depuis le matin une pluie fine et pénétrante. Oui, à vélo, le troisième jour est un calvaire. Figurez-vous qu’au Festival, c’est la même chose ! Parti de Campion tôt ce matin nous sommes arrivés tard à Lee ce soir. Une étape pour rien ou presque. Une étape avec deux poids lourds habitués de Cannes, mais une étape finalement terne et sans imagination. Comme si l’ange gardien qui depuis mercredi veillait sur nous avec des films de qualité s’était évanoui, fatigué lui aussi de ce départ en fanfare.Ce soir Ange Lee avec son « Taking Woodstock » nous a fait le coup du petit film sympathique mais creux. Pour tout dire, je l’ai même trouvé roublard. L’histoire est pourtant séduisante : comment des ruraux de l’Amérique profonde ont accepté de prêter leur champs aux organisateurs du futur concert de Woodstock sans savoir évidemment ce qui les attendait au bout du compte. On imagine aisément un documentaire sur le sujet, Ang Lee en fait une fiction familiale aux allures de fable gentillette sur la nécessaire rupture avec le cocon familial. En quelques le fils des hôteliers locaux va en terminer avec son Œdipe, découvrir les drogues dures et douces, s’ouvrir à la sexualité, j’en passe et des plus initiatiques, bref quitter sa peau d’éternel adolescent et s’envoler enfin vers le vaste monde. Autant dire que du fameux concert lui-même il n’en sera guère question ni d’un point de vue social, ni d’un point de vue artistique, à moins évidemment de considérer que l’ectoplasme que nous venons de décrire puisse résumer à lui tout seul l’émergence d’une contre-culture. Le pays des Bisounours qu’Ang Lee nous propose est décidément trop mièvre, trop rose, trop zen. Ila pris pour argent comptant le « peace and love » de l’époque, sans vouloir aller au-delà. Du cinéma à la pépère, ce n’est décidément pas ce que nous venons chercher à Cannes.Allez, allons nous lover en attendant l’étape de demain qui doit nous conduire d’Audiard à Mendoza. Alléchant !La phrase de la nuit ?« Ah, que le bonheur est proche ! Ah, que le bonheur est lointain ! »Pierre, alias Jean-Luc Bideau, dans « La Salamandre » d’Alain Tanner

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.