Le dernier film avec l'actrice qui joue dans "Dix pour cent" est une épopée comique d'émancipation avec un âne... Qu'en en ont pensé les critiques cinéma du Masque et la plume ? Avec Sophie Avon (Sud-Ouest), Pierre Murat (Télérama), Xavier Leherpeur (7ème Obsession), Eric Neuhoff (Figaro) et Jérôme Garcin (L'Obs)

Détail de l'affiche "Antoinette dans les Cèvennes" de Caroline Vignal
Détail de l'affiche "Antoinette dans les Cèvennes" de Caroline Vignal © .

La présentation du film par Jérôme Garcin

« Antoinette dans les Cévennes est le deuxième film de Caroline Vignal, 20 ans après le premier. Une créatrice qui sait prendre son temps, contrairement à d'autres ! Tout commence dans une école de la région parisienne quand Laure Calamy, alias Antoinette Lapouge, se cache dans une classe pour embrasser passionnément son amant Vladimir joué par Benjamin Lavernhe. C’est le père d'un de ses élèves. Vladimir avaient promis de partir avec elle en vacances. Mais lui annonce qu'il préfère faire une randonnée dans les Cévennes avec sa femme (Olivia Côte) et leur fils. 

Qu'à cela ne tienne, Antoinette décide de poursuivre l'infidèle sur le fameux chemin de Stevenson, du nom de l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson qui, pour oublier une belle Américaine, avait parcouru en 1878, 200 kilomètres en compagnie de l'ânesse Modestine, entre Le Monastier-sur-Gazaille et Saint-Jean-du-Gard. Antoinette, loue un âne très récalcitrant prénommé Patrick. Ce qui fait que quand elle l'alpague, on a l'impression que c'est une groupie de Bruel. Évidemment, quand elle va retrouver Vladimír il va faire une drôle de tête ! Joué par deux animaux, l'âne est parfait. 

Antoinette dans les Cévennes est une sorte de western cévenol absolument réjouissant. 

Sophie Avon : « Une jolie psychanalyse à ciel ouvert »

Sophie Avon : « C'est un film réjouissant. D'abord, pour cette idée géniale d'avoir utilisé Stevenson comme elle s’en sert. Même si on est loin d'une adaptation, toutes les excentricités du roman percent dans le film. Cette vieille idée du « ce n’est pas la destination qui compte, mais c’est le cheminement », on en est tous convaincu. C’est très à la mode. C'est en marchant, que l’on réfléchit, que l’on se recentre que l’on dépose son fardeau, etc. 

Lacan (dont la revue s’appelait L’Âne) disait « On pense avec ses pieds ». Antoinette dans les Cévennes en est une illustration. 

J’ai eu le sentiment de voir une psychanalyse à ciel ouvert, avec un âne à la place du psychanalyste. C'est assez drôle comme idée. C’est doublé d’un vrai transfert puisque ce merveilleux personnage d'Antoinette, courant après cet homme, fait un transfert de son amour sur cet âne. Je trouve cela assez culotté 

Le sujet de la marche pourrait être répétitif ou monotone. La randonnée n’est pas quelque chose de très spectaculaire. Mais grâce à l'interprétation de Laure Calamy, actrice absolument merveilleuse, éruptive, et extrêmement subtile, cela devient un film extraordinairement vivant. 

C'est comme si elle s'autoproclamait l’héroïne de cette épopée intime. Cela se voit dès le début, dans la scène de classe, mais aussi quand elle mange avec les randonneurs devant Marie Rivière qui lui pose des questions sur les raisons pour lesquelles elle est là. Elle pourrait ne rien dire, mais elle n'a pas honte d’être la femme qui poursuit son amant et en parlant, elle devient l’héroïne de cette épopée. »

Xavier Leherpeur : « Un film un peu bourrin »

Xavier Leherpeur : « Il ne faudrait tout de même pas que cela dure un kilomètre de plus !

Je m'aperçois en vous écoutant que je n'ai pas de peine de cœur à cautériser. Alors me promener dans les Cévennes avec un âne ! Je ne suis pas Stevenson, je ne suis pas l'héroïne du film, je suis plutôt heureux en ménage, ce qui m'a peut-être empêché d'être complètement en adhésion avec ce personnage. Comme en plus, je ne fais pas de psychanalyse, que je ne fais pas de transfert sur les animaux et que je n’aime pas beaucoup la campagne… 

Moi, j'aime les quartiers avec des néons, qui bouillonnent jusqu'à pas d'heure.

J’aime Laure Calamy mais on a l'impression qu’elle voit que la mise en scène est un peu faite avec les pieds. Surtout quand elle s'aventure dans le registre du burlesque, où ça manque de précision. On a l’impression qu'elle s’est dit : « Ouh la la... tout cet espace… il faut que je pousse la voix, que je grimace… ». Tout cela n’est pas toujours très subtil. 

Sympathique, ça l'est régulièrement ; artificiel en terme de scénario, ça l’est constamment. 

Dès le début du film avec cette scène où elle fait la chanson de Véronique Sanson, « Toutes les nuits, je m'endors avec lui etc… » et que les parents sont estomaqués. J'imagine mal qu’en 2020 des parents soient choqués par cette chanson. Comme si elle était érotique, mais elle ne l’est pas tant que ça. 

Le film est toujours en train d'appuyer son trait, et de signaler les choses… 

Évidemment, l’âne va bouger quand il ne faut pas bouger, il va bouger quand il faut s’arrêter, il va emporter la nourriture de Laure Calamy...  Le film est un peu comme un âne, c'est un peu bourrin ! »

Eric Neuhoff : « Vraiment épatant, une très bonne surprise ! »

Eric Neuhoff : « Il y a une chose que vous n'avez pas dite : c'est un remake d’Au hasard Balthazar, le film préféré de Laure Calamy. Mais c'est beaucoup plus drôle que Bresson. 

D’habitude, des ânes, on en voit beaucoup dans les films français et ce ne sont pas toujours des animaux ! Et là, c'est un vrai. Et on est très content de voir cet animal.

Ce film est tout à fait charmant, joli, sans prétention. C'est la première fois que Laure Calamy a un premier rôle. Elle s’en tire à la perfection, car elle ne joue pas la maligne. C'est la bonne grosse fille qui emmerde tout le monde, mais qui s'en tire toujours et qui croyait être amoureuse d'un gars sans intérêt et qui découvre qu'elle se suffit très bien à elle-même. 

Elle apprend la liberté, elle apprend le loisir, elle apprend le plaisir, elle apprend à se ficher de tout. 

Antoinette dans les Cévennes est un petit western cévenol qui fait penser aux films de Jacques Rozier. 

Il y a une très grande liberté. J'ai trouvé ça vraiment épatant. C’est une très bonne surprise. 

Ce n'est que le deuxième film de Caroline Vignal, j'espère qu’on n'attendra pas le suivant aussi longtemps. »

Pierre Murat : « C'est d'un ennui »

Pierre Murat : « J'ai dit du mal de La Daronne précédemment, mais je le regrette rétrospectivement. La Daronne, c’est du Lubitsch à côté d’Antoinette dans les Cévennes »

C'est vrai que je suis plutôt bitume et allergique aux mauvais films… Mais surtout cette femme qui parle avec son âne pendant une demi-heure : cela ne fonctionne pas et le dialogue avec son âne, c'est épouvantable ! C'est d'un ennui : il ne se passe rien. Je n’ai pas lu le livre de Stevenson, je suis inculte, mais j'ai vu le film, et ça me suffit ! 

J'ai passé mon temps à me dire : « Mais comment peut-on produire encore ça ? »

Je suis navré pour Caroline Vignal et Laure Calamy, qui sont certainement des personnes très bien. L’âne est magnifique. Peut être que vous serez fasciné et que vous adorerez ça. C'est possible, et auquel cas, c'est moi qui aurais tort. Mais je peux vous dire que j'ai rarement autant souffert parce qu'il ne s'y passe rien et il n’y a pas d’inattendu ! »  

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