Agnès Varda
Agnès Varda © Radio France / Vincent Josse

C’est un coffret généreux et joyeusement foutraque.

On pioche, on glane (elle aime ce mot, Varda, pour avoir tourné « les glaneurs et la glaneuse » en 2000, sur ceux, entre autres, qui ramassent les légumes à la fin des marchés) ; les 22 DVD constituent un puzzle Varda, avec des pièces qui sont des longs métrages, de « la Pointe Courte » tourné à Sète en 54, aux « Plages d’Agnès », son autobiographie filmée, en 2008.

De la fiction, des documentaires, mais aussi des courts métrages : « Agnès de-ci de-là », en 2011, la montre filmant la moindre de ses rencontres, des artistes, surtout. En ouvrant une pochette surprise, des petits trésors inédits s’offrent à vous, comme les courtes scènes d’un film qui n’a pas vu le jour, faute de producteur, « Christmas Carol », en 66. Trois jeunes gagnent de l’argent en décorant des vitrines de Noël avec un discours anti consumériste (deux ans avant mai 68). Parmi eux, un acteur doué encore légèrement boutonneux, Gérard Depardieu, 18 ans, qui déplore le matérialisme à outrance: « C’est toujours la même chose, l’argent, l’argent, l’argent ! »

Varda a toujours eu du flair. Elle est l’une des premières à repérer Depardieu et en 1985, Sandrine Bonnaire, 17 ans et demi, débute au cinéma dans « Sans toit ni loi ».

La curiosité des autres et de son temps de cette « petite femme rondouillarde et bavarde », comme elle se définit, est totale. Jean Vilar, qui l’engage comme photographe du TNP en 48 lui a transmis le goût des autres et de la culture pour tous. Etre pauvre se filme. Etre heureux, aussi, même si cela ne dure pas, comme dans « le Bonheur », en 64, avec Jean-Claude Drouot. Au gré du cinéma qu’elle fabrique pour tout montrer, même les corps nus, Varda révèle un goût évident de la mémoire. Retenir le temps par les images, le sien, celui qu’elle a vécu avec Jacques Demy son mari. Ou transmettre la mémoire des autres, comme celle des veuves de Noirmoutier. Dans cette installation qu’elle présente dans des musées, on s’asseoit devant plusieurs télés et on choisit de regarder telle ou telle veuve parler du manque. On peut voir, parmi elles, la cinéaste, assise sur une chaise posée sur une plage, émue. Contrairement aux autres femmes, elle ne témoigne pas. Mais après un long silence ému et émouvant, on l’entend, en voix off, chanter du Prévert, car elle aussi est une veuve de Noirmoutier, cette île où la famille varda Demy se reposait :

"Démons et merveilles,

vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée Démons et merveilles Vents et marées Et toi Comme une algue doucement caressée par le vent Dans les sables du lit tu remues en rêvant Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée Mais dans tes yeux entrouverts Deux petites vagues sont restées Démons et merveilles Vents et marées Deux petites vagues pour me noyer."

Agnès Varda, une vie de cinéma, la vie avec le cinéma. A 84 ans, elle affirme : « On peut filmer des sujets sérieux, il ne fait jamais perdre le plaisir de faire du cinéma, c’est ça la vie ».

A Varda
A Varda © Radio France

"Tout(e) Varda", Editions ARTE.

120 euros (mais sur amazon, le coffret se vend 109 euros 99)

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