Affiche les infidèles
Affiche les infidèles © DR Mars Distribution

Que les choses soient claires, par principe l'auteur de ce blog est hostile à toute forme de censure et singulièrement en matière artistique. Dans son esprit, les affiches du film "Infidèles" auraient par conséquent dû rester à leur place. En les faisant disparaître, on cherche à faire disparaître la triste réalité de leur contenu parfaitement vulgaire lequel consiste à faire explicitement rimer fellation et "entrée dans un tunnel", car c'est bien de cela et de rien d'autre dont il s'agissait ici. Ce n'est pas le seul visuel qui choque, c'est son rapprochement avec la phrase choisie (je ne peux dire s'il s'agit d'un extrait du dialogue de ce film puisque ce dernier n'a été montré qu'à certains journalistes et pas à d'autres...). Reste "heureusement" la couverture du nouveau numéro de "Première", le magazine de cinéma sur laquelle on peut voir les deux mêmes acteurs (Lellouche et Dujardin) pantalons baissés et mains croisés en cache sexe, avec comme accroche définitivement classieuse : "Les infidèles déballent tout". Pour les naïfs qui auraient pu croire dans un premier temps à un dérapage publicitaire incontrôlé de la part des deux acteurs qui sont également co-scénaristes et co-réalisateurs de ce film à sketches, ladite couverture a l'immense mérite de la clarté. Le plan com fonctionnant à merveille, après la vraie-fausse censure de la première vague d'affiches, on a pu découvrir aujourd'hui sur les murs une nouvelle affiche avec nos deux "héros" totalement hilares devant deux moitiés de corps féminins version aguicheuses (chez eux, on l'aura remarqué les femmes sont des morceaux de corps !) Tout ça c'est pour rire nous disent donc ces deux joyeux drilles spécialisés d'abord dans la pub et secondairement dans le cinéma. Mais du côté des Oscars auxquels on est forcé de penser dès lors qu'il est question de Dujardin, ces deux Machiavel aux petits pieds risquent pourtant de se fracasser contre l'immense mur du politiquement correct américain ( dont on se dit après tout que, dans le cas présent, si c'est pour refuser que fellation rime avec entrée dans un tunnel...). A moins bien entendu que cet avalanche d'esprit beauf et pauvrement provoc ne soit destinée à anticiper une défaite aux Oscars : on imagine d'avance les "éléments de langage" (!) du camp Dujardin and co, dans le style "Ah ces salauds de Ricains, ils nous censurent nous et notre humour macho au soixantième degré, c'est injuste, ils ne comprennent rien à rien !" Et pourtant, on se dit qu'ils n'auraient pas forcément tort alors les votants américains de trouver qu'on les prend un peu trop pour des pigeons : chez eux, on se la joue "The Artist" smok-noir-et-blanc-chic-Hollywood-muet-so-french-si-classe" mais en vrai, dans le pays réel, on se la pète en caleçon sur les chaussettes avec humour gras et alibi "Valseuses" en tête. Et c'est vrai, dans "Première", nos deux compères crient haut et fort leur admiration pour Bertrand Blier, leur filiation même. Quel Blier ? Celui de "Calmos" assurément... Pour celui de "Buffet froid" ou de "Trop belle pour toi", il faudra certainement repasser. Et pourvu que nos deux compères ne crient pas trop fort à la censure dans cette affaire. Car, toujours dans ce même numéro de "Première", ils avouent benoîtement avoir éliminé du film final un sketch, je les cite, "formidable, flamboyant et démesuré" de Jan Kounen parce que, toujours selon eux, "il ne s'inscrivait pas dans la tonalité générale assez réaliste du film". On aura donc compris que pour Dujardin et son pote Lellouche la "fellation et le tunnel", c'est du réalisme. Au fond de moi, une petite voix me dit que c'est peut-être mieux pour Kounen cette absence finale... Maintenant, il nous faut attendre, non sans une certaine impatience, la chronique de Marcela Iacub dans "Libération" pour nous expliquer que cette affiche est la plus poétique qui soit, la plus résolument féministe en fait, et que Dujardin et Lellouche sont les Roland Barthes (pas Barthès, hein !) du cinéma français et de la civilisation occidentale toute entière. Je sais, on est toujours le beauf de quelqu'un. Mais, je crains que cette fois le tandem Lellouche et Dujardin ne confonde le second degré avec le ras du bitume ou la cuvette des toilettes. "Il me semblait évident qu'après "The Artist", il fallait casser le jouet. Toujours cette envie de remettre le curseur à zéro..." a déclaré Jean Dujardin. Louable intention en vérité. Mais enfin, "The Artist", ce n'est tout de même pas "Citizen Kane" ! Et si la prochaine fois, Jean D. remettait son compteur non pas à zéro (ce qui a littéralement réussi cette fois...) mais à 100, en regardant vers le haut et non plus vers le bas, le très bas, le dessous de sa ceinture ? Histoire d'élever le niveau. Histoire de ne pas se repaître sans cesse de personnages de beaufs machos qu'on fait semblant de caricaturer pour mieux les exonérer. Histoire de ne pas se fondre au final dans son personnage de beauf... Et là, croix de bois, croix de fer, on pensera qu'un tunnel peut n'être qu'un tunnel.

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