d'Agnès Jaouiavec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Benjamin Biolay, Agathe Bonitzer, Arthur Dupont, Didier Sandre, Béatrice Rosen, Dominique Valadié et Laurent Poitrenaux

Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu.Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire.

Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui aiment les films "chorus", les films de troupe. Au bout du conte n'échappe pas à la règleAgnès Jaoui : "Au départ, cette envie est partie de notre expérience du théâtre, où on n’avait pas envie que des acteurs s’ennuient des heures dans les coulisses avant de dire leur réplique. Et c’est devenu comme une seconde nature : maintenant, quand on écrit des histoires, on n’arrive pas à faire autrement que d’écrire plein de personnages."Jean-Pierre Bacri : "Oui, c’est comme dans la vie. On n’est pas deux dans la vie ! Et puis nous aimons les acteurs, nous aimerions en faire tourner le plus possible. Et nous aimons les acteurs de théâtre car ils savent ce qu’est le travail."A. J. : "J’aime aussi avoir des visages peu connus au cinéma. Je trouve que cela sert mieux l’histoire. Et si cela permet de les faire connaître, il n’y a que des avantages."

Qui dit conte, dit personnages. Ils ne sont pas sans rappeler quelques figures de notre inconscient collectif.

Agnès Jaoui est Marianne \ La fée, la marraine et la grand-mèreSon conte préféré : "Peau d’Ane, à cause du film de Jacques Demy et parce que je me sens très concernée par le complexe d’OEdipe."Quel personnage de conte est-elle dans Au bout du Conte : "Au départ, ma référence était la fée Lila de Peau d’Ane justement - Marianne habite d’ailleurs Villa des lilas. Au bout du compte, je suis tour à tour fée, marraine et grand-mère."Jean-Pierre Bacri est Pierre \ L'anti GepettoSon conte préféré :J.-P. B. : "En fait, je n’aime pas les contes au premier degré… Bon, je dirais Le Petit chaperon rouge, parce que j’aime bien le cynisme du loup !"A. J. : "Pour toi en fait, je dirais : Les Habits de l’empereur. Parce que c’est une parabole sur la servilité."J.-P. B. : "Oui, c’est ça : Les Habits de l’empereur !"Quel personnage de conte est-il dans Au bout du Conte : "Pierre ne correspond pas véritablement à un personnage de conte – quoi que dans les contes, il y a aussi des personnages qui ne sont ni fée, ni prince ou princesse, mais tout simplement meunier ou cordonnier. En fait, Pierre est un anti Gepetto… même s’il finira par devenir une sorte de Gepetto."

Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui
Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui © radio-france / Les films A4

Agathe Bonitzer est Laura \ Le petit chaperon rouge et la belle au bois dormantSon conte préféré : "J’en ai deux : un gai et un triste. Le gai, c’est Boucle d’or, à cause des illustrations de l’album du Père Castor dans lequel je le lisais, et la dimension sensorielle du conte : Boucle d’or essaye les chaises, goûte les soupes, touche les lits… Et puis cette petite fille blonde et bouclée était un fantasme pour moi, qui étais rousse aux cheveux courts.__ Le triste, c’est La Petite fille aux allumettes. Ce conte est atroce, cette longue agonie d’une petite fille me terrifiait et me fascinait à la fois. Son destin me désespérait et en même temps, j’étais jalouse de son courage, de son endurance."Quel personnage de conte est-il dans Au bout du Conte : "Même si parfois je vire à la Belle au bois dormant et au prince de Cendrillon, je suis le Petit Chaperon rouge. Dès le scénario, il n’y avait aucun doute là-dessus mais quand je me suis retrouvée habillée de rouge, c’était saisissant. Avant de finir désenchantée, Laura a des idées totalement romanesques sur l’amour. C’était pour moi assez inédit d’incarner la naïveté, et une certaine forme de féminité, avec tout ce qu’implique de sensualité (plus ou moins consciente) l’image de la "jeune fille en fleur"."

Agathe Bonitzer et Arthur Dupont
Agathe Bonitzer et Arthur Dupont © radio-france / Jean Garcin

A. J. : "Je l’avais vue et aimée dans La belle personne de Christophe Honoré et dans Une bouteille à la mer de Thierry Binisti au moment où je faisais les essais. Elle a une beauté très intemporelle, et une classe naturelle. Je voulais que Laura ait la morgue et la supériorité de sa classe sociale. C’est une princesse aussi en ce sens là. Et aussi parce qu’elle a la certitude de sa jeunesse, elle n’est pas tolérante vis-à-vis de l’infidélité, de la complexité du couple et de l’amour. Et pour cause, elle ne les connaît pas ! Laura se croit au dessus des dangers, comme le Petit chaperon rouge qui n’a pas peur de s’enfoncer dans la forêt."

Arthur Dupont est Sandro \ Cendrillon et le princeSon conte préféré : "Enfant, mis à part la maison en pain d’épices d’Hansel et Gretel qui me faisait rêver, j’étais peu sensible à l’univers des contes. Mais il y a quelques années, une amie m’a dit que ce serait bien pour moi de lire Le Chevalier à l’armure rouillée de Robert Fisher... Ce conte récent raconte l’histoire d’un chevalier qui n’enlève jamais son armure, même pour dormir, car il est tout le temps sur le qui-vive. Et le jour où il veut enfin l’enlever, elle est rouillée et il ne réussira à la faire tomber que morceau par morceau, en se confrontant à plusieurs épreuves. Ce livre fait penser au Petit Prince dans sa manière de nous ramener à l’essentiel : la vie, l’amour, la mort… Aujourd’hui, j’ai pris conscience de mon armure, même si je n’ai pas encore réussi à l’enlever complètement. Ce n’est pas facile de traduire l’impact tangible dans ma vie de cette armure symbolique…Quel personnage de conte est-il dans Au bout du Conte : "Déjà Cendrillon, puisque je perds ma chaussure au bal, lorsque sonnent les douze coups de minuit. Je représente aussi la figure du prince idéalisé par Laura mais en réalité différent du prince charmant classique. Sandro n’est pas costaud mais plutôt timide et féminin. Et surtout, ce n’est pas avec Laura qu’il se révèlera mais avec une fille apparemment banale, qu’il avait sous les yeux mais qu’il ne voyait pas. Dans Au bout du conte, le loup n’est pas l’ennemi du prince mais plutôt un sauveur : c’est grâce à lui que Sandro est libéré de l’illusion que Laura est une princesse ! A. J. : "Je l’avais trouvé très juste dans BUS PALLADIUM de Christopher Thompson mais au début, je voyais Sandro plus frêle et moins beau que lui. Heureusement, Brigitte Moidon, ma directrice de casting, m’a encouragée à le voir et aux essais, il n’y avait plus de doutes : c’était lui."

Benjamin Biolay
Benjamin Biolay © radio-france / Thierry Valletoux

Benjamin Biolay est Maxime \ Le loupSon conte préféré : "Rapunzel, j’aime la parabole."Quel personnage de conte est-il dans Au bout du Conte : "Le grand méchant loup."A. J. : "Pour moi, il ne peut pas y avoir plus loup que lui. On a tourné ensemble dans L’ art de la fugue de Brice Cauvin, c’est là que j’ai vu que c’était un acteur et qu’il avait cette séduction trouble. Il ose le féminin et la douceur, tout en affichant l’assurance que tu vas tomber dans son piège. Il a une manière de planter ses yeux dans les tiens, un vrai prédateur."

Didier Sandre est Guillaume Casseul \ Le roiSon conte préféré : "Evidemment, c’est un souvenir d’enfance : La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet. Je l’écoutais racontée par Fernandel. Cette petite chèvre attachée à son piquet, attachée aussi à l’amour de son Monsieur Seguin, mais qui ne rêve que de rompre sa longe, s’évader dans les montagnes, découvrir le monde… Je l’admirais, je comprenais son désir de liberté, et aussi le déchirement de désobéir et quitter l’homme qui la soignait avec amour. L’écho sans doute à un désir de s’affranchir de l’autorité parentale et du milieu familial. Je pleurais beaucoup à la mort de la petite chèvre blanche qui s’était battue toute la nuit avec le loup et j’étais troublé par la morale du conte. J’ai mis longtemps à comprendre que le combat pour la liberté ne se terminait pas forcément aussi tragiquement. Comme la chèvre, je me suis détaché de mon piquet mais le loup ne m’a pas mangé, juste quelques morsures et j’ai beaucoup appris !"Quel personnage de conte est-il dans Au bout du Conte : "Le roi. Mais je ne l’ai pas compris comme ça à la lecture du scénario que j’avais lu de manière réaliste, dans l’esprit habituel des films d’Agnès Jaoui. Pour moi, Casseul était un père dans la convention bourgeoise, un mari dont je ne comprenais pas sa relation avec une femme qui se fait sans cesse refaire, un PDG véreux, bref tout ce que je déteste ! Mais Agnès m’a dit : "Non, tu seras le roi, comme Jean Marais dans Peau d’Ane" et elle a insisté pour que j’accepte le rôle, avec la ténacité qui est la sienne."A. J. : "Je ne voyais personne d’autre que lui. Il m’évoque la classe et la prestance royale de Jean Marais dans Peau d'âne et dans La belle et la bête. J’avais joué une pièce de Tchekhov avec lui il y a vingt ans à Nanterre mais depuis, on s’était peu croisé. J’ai une passion indéfectible pour ces acteurs que j’ai connus quand j’étais jeune actrice et qui me faisaient rêver.

Et un conte revu par le tandem Bacri-Jaoui se termine par le non conventionnel "Ils vécurent heureux et se trompèrent beaucoup… "

J.-P. B. : Oui, la vie n’est pas un conte de fées mais ce n’est pas grave ! L’idéalisme est proche du poujadisme. Tu fous tout le monde dans le même sac parce qu’effectivement, personne n’est capable de faire qu’il fasse beau toute l’année, que ce soit rose partout. Croire aux contes de fées, c’est une manière de ne pas croire en la politique. Le progrès, c’est de tous petits pas, de tous petits miracles.

Au bout du conte
Au bout du conte © radio-france / Thierry Valletoux
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