Dans un post récent, je m’inquiétais quelque peu des cachets astronomiques exigés par certains acteurs français. Un commentaire me faisait alors comprendre mon extrême naïveté en m'imaginant que cette situation pouvait poser le moindre problème au monde du cinéma et aux producteurs en particuliers. La lecture de « L’Express » de cette semaine apporte pourtant un peu d'eau à mon moulin : les agents d’acteurs annoncent qu’ils mettent un frein à l’escalade desdits cachets. Est-ce un un vœu pieux, un effet d’annonce ou bien l’expression d’une réalité qui s’impose ? L’avenir seul nous le dira. Mais, en tout état de cause, la situation est alarmante : « Les comédiens sont complètement déconnectés de la réalité. Sauf exception, il y a longtemps que la rentabilité d’une production française ne dépend plus de ses vedettes. » C’est le producteur Eric Altmayer qui s’exprime ainsi. A ce petit jeu-là, on serait curieux de comparer les rémunérations respectives de Yolande Moreau et de Jean Reno dans leurs récents films : « Séraphine » au succès croissant pour la première, « Le Premier cercle » à l’échec inversement proportionnel pour le second. Il se murmure en outre que certains acteurs français ne signent aucun nouveau contrat de tournage à moins de 1 million d’euros... Posture parfaitement « dégueulasse » comme aurait dit Patricia alias Jean Seberg et qui pénalise inévitablement ceux des cinéastes qui n’ont pas les moyens de se payer tel ou tel acteur, alors qu'ils en ont émis le souhait, voire même qu'ils ont écrit leur film pour lui.Tant mieux donc si la profession appelle les acteurs à opérer un salutaire volte-face en acceptant des cachets à la baisse. Vu le niveau d’où certains partent, on ne se fait pas trop de souci pour le maintien de leur niveau de vie. Ce n’est même pas ici une question de morale mais de cohérence et d’efficacité économiques. Quand on voit par exemple l’indigence de certains scénarios français, et ce dans les genres les plus divers (comédie, polar, intimiste, etc), on se dit que recruter un scénariste supplémentaire ou mieux payer les scénaristes déjà présents serait un choix autrement plus judicieux que de multiplier les ponts d’or à des acteurs devenus trop gourmands et qui devraient être un peu plus exigeants sur la qualité des histoires, des personnages et des dialogues qu'on leur propose. Autrement dit, il y a nécessité à calmer le jeu et convaincre les acteurs français que cette course sans fin au cachet le plus mirobolant est mortifère pour le cinéma en général. A force de jouer contre leur propre camp, ils vont passer pour des cabots irresponsables, là où un peu de modération et de réalisme suffirait à éteindre l’incendie.La phrase du jour ? « Il y a tant de choses que je n’ose vous direTant de choses que vous ne me laisseriez pas dire »Apollinaire

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