Alain Emery, Patrick Auffay, Catherine Demongeot, Nadine Fortier, Jean-Pierre Cargol, Fabrice Greco, Ariel Besse,... peu de chance vraiment que ces noms vous disent quoi que ce soit. Et pourtant, Alain c'est le petit Camarguais de "Crin-Blanc", Patrick, c'est le complice d'Antoine Doinel, Catherine, c'est tout simplement Zazie, Jean-Pierre fut l'enfant sauvage de Truffaut, Fabrice humiliait Pierre Richard dans "Le Jouet" et Ariel faisait tourner la tête de son beau-père Patrick Dewaere.... Maintenant vous y êtes. Le jeu était plus facile avec Brigitte Fossey ou Charlotte Gainsbourg, elles aussi enfants acteurs mais à la longue carrière future. Rien de tel pour la plupart des enfants dont mon confrère du "Point", François-Guillaume Lorrain a retrouvé tant bien que mal la ou les traces pour les besoins de son livre "Les Enfants du cinéma" publié ces jours-ci chez Grasset. Sur le papier on pouvait craindre un remugle de Patrick Sabatier tendance "Perdu de vue" avec violons et lamentos obligés sur les parcours forcément pathétiques de ces papillons aveuglés puis finalement tués par le méchant Septième art qui, c'est bien connu, dévore ses enfants... Mais ce serait mal connaître FGL (c'est drôle, au "Point", de Giesbert, son directeur, à Lorrain, ils font dans la triple initiale chic et choc !) dont le récent roman "L'homme de Lyon" (Grasset toujours) nous avait largement informé d'une séduisante capacité à sonder le passé imparfait au présent... Cette fois, sous la forme d'un essai-enquête, il nous donne à lire quelques belles course-poursuites : notre auteur parviendra-t-il à retrouver nos petits héros d'hier mystérieusement disparus dans la jungle de la vie quotidienne loin des caméras et des studios ?... Ne comptez pas sur moi pour vous dire le fin mot de ces multiples petites histoires dont certaines pourraient être de véritables scénarios. On se délecte littéralement à poursuivre la Zazie d'hier et l'on enrage de perdre la trace de ...n'en disons pas plus. FGL a l'immense sagesse de ne tirer aucun enseignement de ces parcours individuels et de nous éviter les couplets vertueux sur la difficulté d'accéder à la célébrité. Les témoignages qu'il recueille au fil de ces pérégrinations parfois drôlatiques à force de refus, de fausses pistes et autres fins de non recevoir, n'ont de valeur qu'individuelle comme le montrent parfaitement les devenirs distincts du casting pluriel de "La Guerre des boutons" façon Yves Robert. L'idée était donc belle et assurément bonne de partir ainsi à la recherche de ce qui est d'abord de l'ordre du souvenir cinéphile, puisqu'après tout la plupart de ces enfants ont depuis belle lurette déserté les plateaux et les écrans de cinéma, leur étoile n'ayant souvent brillé qu'une seule fois. C'est donc de nous spectateurs dont il s'agit essentiellement ici. De nos souvenirs que FGL fait progressivement remonter à la surface. Bel exercice en vérité quand on est saturé de voir toujours les mêmes têtes sur l'écran (et je ne pense pas seulement à Kad Merad...). Les sujets de ce livre sont des météorites qui font forcément naître en nous de la mélancholie... Ils sont passés dans nos cieux cinéphiles pour mieux disparaître. Ne subsistent souvent que des poussières de lumière vive à l'instar de ce Patrick Auffray qui, incarnant le rôle de Lachenay, l'alter ego de François T. dans la vraie vie adolescente, revient à nos mémoires truffaldiennes : il fait partie de la famille mais l'astre Léaud-Doinel ne cesse de lui faire de l'ombre et cette revisitation lui offre une sorte de seconde chance. Que ces enfants aient grandi qui pouvaient en douter ?! Mais, l'ouvrage de FGL les fait exister de nouveau à nos yeux, eux que leur statut d'enfant de cinéma condamnait à un éphémère forcément injuste. Ces projecteurs braqués de nouveau n'induisent nulle nostalgie, redisons-le. Mais, en faisant œuvre d'historien inspiré, l'auteur de ces "Enfants du cinéma" nous donne tout simplement le désir de retrouver Zazie, Victor, Mouchette et les autres. C'est comme ça qu'un livre de cinéma s'avère réussi : qu'il donne envie de retourner à la source, aux films par conséquent.

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