Au début, on se dit « Quelle drôle d’idée ! » et puis on commence à feuilleter le scénario d’ « Inglorious Basterds » que viennent de publier les éditions Robert Laffont (dans la collection « Pavillons Poche » pour la modique sommed e 8,90 € !) et l’on se surprend à en poursuivre l’exploration. On sait pourtant les réserves que je formule sur ce nouveau film de Tarantino. Mais voilà, l’objet scénario existe par lui-même, surtout quand il est ainsi publié, c’est à dire transformé en véritable œuvre à part entière. On publie de moins en moins de scénarios en France et c’est dommage : la collection des « Cahiers du Cinéma » semble au point mort et les autres éditeurs attentifs au cinéma comme Ramsay ou Le Nouveau Monde ne semblent guère pressés de prendre la succession. J’ai certes un tropisme tout personnel et professionnel à la fois en faveur de l’écriture pour les images, mais je crois profondément à la valeur et à l’intérêt de la publication de certains scénarios. Il en va de cette lecture comme de l’écoute d’une BO d’un film aimé. Il s’agit de retrouver des émotions et d’être au fond peut-être plus attentif. Pouvoir relire un dialogue auquel on n’avait pas forcément prêté toute l’attention ou se replonger dans telle scène essentielle peut procurer un véritable plaisir. Cette pratique est courante avec le théâtre, mais moins systématique pour le cinéma. Comme s’il n’existait pas de « grands écrivains » de cinéma, c’est à dire des scénaristes capables de ciseler avec brio et des histoires et des dialogues ! Retrouver leur talent littéraire sous la forme d’un livre, quoi de plus naturel ? Quoi de plus précieux dans le cas de scénarios écrits hier par Prévert, Jeanson, Aurenche et Bost ou Gruault ? Et les Dabadie, Taurand, Fieschi, Bonitzer and co d’aujourd’hui ?Mais cette place du pauvre réservée à l’édition de scénarios ne fait que refléter la place accordée à ce moment-clé au sein même de l’industrie cinématographique. Parent pauvre en amont, le scénario et son scénariste n’ont guère de raisons d’exister en aval. La valorisation de l’écriture reste décidément une priorité dans la vidéosphère qui aurait bien tort de mépriser à ce point et d’oublier son ancêtre, la logosphère ! Le paradoxe absolu étant que le cinéma ne rechigne guère à adapter des livres, payant ainsi sa dette à la littérature. Mieux vaudrait ne pas s’arrêter en si bon chemin et reconnaître une bonne fois pour toutes à l’écrit la place qu’il occupe et ne cessera d’occuper dans la création d’images. A moins bien entendu de faire « juste des images et non des images justes ». Ces dernières sous-tendent en effet un préalable qui bien souvent trouve ses origines dans l’écrit. Prolonger le tout par « l’édition » du film et plus précisément de son scénario semble par conséquent relever du bon sens. N’en déplaise aux tristes figures, le cinéma existe d’abord à travers des mots lesquels ont décidément ici comme ailleurs une importance vitale. Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Il est toujours minuit lorsqu’on parle à l’âme »Armen Lubin

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.