Sans rire, l’information est en première page du Monde daté de demain mercredi : trois films français s’apprêtent à faire revive « La Guerre des boutons ». Que cet aimable livre de littérature populaire de Louis Pergaud paru en 1912 ait pu un jour donner lieu à un film non moins aimable d’Yves Robert sorti sur les écrans en 1962, rien que de très normal : les garnements et autres querelles de clochers ont souvent fait recette. C’est frais (forcément), un peu frondeur (mais pas trop) et toujours plein de verve (le premier qui cite Petit Gibus ira au piquet et copiera la phrase : « Je ne cultive pas sans cesse la nostalgie de la France des terroirs pour mieux éviter d’évoquer le pays d’aujourd’hui »). Ils sont donc trois cinéastes de notre temps, le plus célèbre étant Christophe Barratier (« Les Choristes », autrement dit la guerre des couacs) à s’être un jour levé d’une longue nuit en s’écriant : « Bon sang, mais c’est bien sur, comment ne pas y avoir pensé plus tôt, c’est la « La Guerre des boutons » qu’il me faut, saperlipopette… Je n'ai qu'une envie moi, c'est de tourner à nouveau cette formidable histoire à côté de laquelle Shakespeare, c'est de la gnognotte ». Rires, larmes et embrassades généralisés dans la famille du génial cinéaste d’abord puis chez les producteurs concernés et que les gains du film d’Yves Robert n’ont cessé de faire rêver. Pensez, ce n’est pas tous les jours en effet qu’on a l’idée lumineuse de faire le remake d’un film tourné dans les années 60 et tiré d’un live paru deux ans avant Verdun. Chacun fait bien ce qu’il veut, me direz-vous et vous aurez raison. On peut cependant trouver cette inflation grotesque. On peut se demander l’intérêt réel qu’il y a à singer ainsi un film parfaitement estimable dont le charme opère toujours, soit dit en passant, auprès d’un public enfantin et à qui une version « modernisée » n’apportera rien. De ce point de vue, Danièle Delorme, la productrice du film d’Yves Robert a bien raison de ne pas avoir cédé les droits dudit film à l’un au moins de ces trois cinéastes dont l’audace, l'esprit d'innovation et l’originalité font plaisir à considérer… Ainsi devront-ils assumer jusqu’au bout l’adaptation d’un « petit » roman du début du siècle dernier, sans se cacher derrière le précédent d'Yves Robert qui avait lui le mérité de l'originalité. Alors vraiment, le cinéma français va mal à ce point ? Que signifient ces budgets (dont deux au moins très conséquents) dégagés pour des projets aussi peu inspirés ? Franchement, ces trois cinéastes n’ont-ils rien d’autre à nous raconter (je n’ose même pas vous dire que pour l’un il s’agit en fait de parler de l’Occupation et pour l’autre de la Guerre d’Algérie, je n’ose même pas vous le dire parce que tant d’hypocrisie énerve…) ? On entend déjà les belles âmes s’indigner et demander à voir sur pièces, c’est à dire une fois les films en salles. Certes, alors disons que l’envie ne me vient guère de suivre en couleurs les aventures si touchantes de ces petits espiègles, et ce trois fois de suite ! On vit décidément une drôle d’époque où la répétition semble l’emporter sur la création, où l’on va chercher de vieux succès pour faire de nouvelles recettes, sans même le talent du détournement comme chez Ozon. Assurément, pas un bouton ne manquera à ces films momifiés qui devraient trouver dans le Musée Grévin le lieu idéal de leur projection et de leur conservation.

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