C’est un film qui ne sort que le 30 septembre prochain. D’ici là, vous aurez oublié ce post et il n’aura servi à rien ! Et pourtant, il me faut vous parler dès ce soir du premier film de Sarah Leonor, « Au voleur » avec Guillaume Depardieu et Florence Loiret-Caille. Tout simplement parce que c’est une belle œuvre qu’il ne faudra pas laisser passer au moment de sa sortie. Autrement dit, ce post-là est un… pense-bête, et n’y voyez pas malice !« Isabelle enseigne, Bruno cambriole. Ensemble, ils commencent à croire qu’ils pourraient être heureux. Le jour où l’étau policier se resserre, il l’entraîne dans sa fuite. Au cœur de la forêt, ils se cachent et s’aiment, hors du temps, dans une tentative ultime de tenir éloignée la violence du monde ». C’est le synopsis du film, tel qu’il apparaît du moins dans le dossier de presse. Comme tous les synopsis, il ne saurait rendre compte du film qu’il entend ainsi résumer. C’est cela et c’est bien autre chose.En l’espace de deux mois, le cinéma français nous aura donc donné deux superbes variations sur le thème de l’amour en fuite. Après Guiraudie et son « Roi de l’évasion » (et dans une moindre mesure les frères Larrieu des « Derniers jours de la fin du monde », pour être honnête …), Sarah Leonor signe à son tour un magnifique film en fugue majeure. Il s’agit ici de prendre la tangente, s’écarter de la ville, refuser l’ordre des choses et l’ordre tout court, retrouver l’urgence et la plénitude, l’essentiel et le fugace. A cette histoire, il faut un écrin. Sarah Leonor n’en donne pas un mais plusieurs avec une attention remarquable aux couleurs et aux décors. C’est pour aller vite un film en bleus et en verts (oui, « en vert et contre tout » !). Le tout sur une rivière sans retour aux accents musicaux des bayous. Formidable mélange des genres et des cinémas. Ces deux grands enfants n’ont pas grand-chose à cacher et pourtant ils évoluent dans la nuit du chasseur et n’ont que leur « love » à opposer à la « hate » ambiante. Même si Lilian Gish n’est plus là pour les protéger. Il leur reste cependant un barrage contre la noirceur de la vie : une incroyable sensualité que filme Sarah Leonor avec gourmandise et bonheur. Il faut ici s’aimer à tort et à travers ou renoncer. Si un film, c’est bien l’improbable mais enivrante rencontre avec un univers de formes et d’histoires d’auteur(s) porté par des images et des acteurs, alors « Au voleur » est sans conteste un film, c’est à dire un voyage pour qui veut bien partir avec ces deux-là. « Au voleur », sans point d’exclamation surtout. Au voleur : dédié à celui qui est capable de (s’en)voler, de partir et d’inventer une autre vie, son autre vie. Au voleur, ou plutôt à la voleuse Sarah Leonor coupable de savoir capter le bruissement des eaux vives, un caresse d’amoureuse, la découpe d’une orange, un craquement dans la nuit ou bien encore le chant d’un oiseau sur les lèvres d’un homme. « Au voleur » sort le 30 septembre donc.Ah ! ça ira !La phrase du soir : « Je pense à mon ami le professeur Jean Demarchi qui voit avec passion trois cent cinquante films par an depuis trente ans et qui me dit, à chaque fois que je le rencontre : “Dites-moi, mon cher ami, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, hein !“ »François Truffaut, « Les Films de ma vie »

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