Sortant le 24 décembre prochain, le nouveau film de Baz Luhrmann s’intitule « Australia ». Date de sortie merveilleuse et quasi miraculeuse pour ce conte de fées à destination des petits (on est au pays des kangourous) et des grands (mais c’est un pays où habite également Nicole Kidman…). Nous avons donc vu mercredi cette superproduction destinée à vanter les beautés des terres australiennes : le dossier de presse regorge d’informations touristiques alléchantes (outre une demi-page de fausse-vraie pub consacrée au prestigieux chausseur de Nicole Kidman… c’est manifestement important d’être bien chaussé quand on s’intéresse de près aux aborigènes…). On vous fera grâce de l’histoire. Sachez simplement que Nicole K. est une jeune veuve méritante aux prises avec d’infâmes vendeurs de bétail mais que veille sur elle une sorte d’Indiana Jones sympa et que tous deux entourent de leur chaude affection Nullah délicieux petit autochtone orphelin sur lequel veille de loin son grand-père vieux sage des montagnes australiennes (dans ce monde épatant chacun veille sur quelqu’un, mais hélas il est manifeste que personne ne veille sur le spectateur). Quoi qu’il en soit, que d'émotion et que d’émotions ! Toutefois, là n’est pas l’essentiel. Tout le film est explicitement traversé par le souvenir du « Magicien d’Oz », à partir du moment où dans une scène totalement ratée Nicole Kidman tente d’endormir ledit mioche en lui chantant « Over the rainbow » la chanson culte du « Magicien d’oz ». Au cas où certains spectateurs à l’intelligence somnolente n’auraient pas compris l’importance de cet univers magico-hollywoodien pour la suite du film, une scène se charge de les ramener dans le droit chemin. Nous sommes en 1939 (retenez bien cette date, comme nous l’avons bien retenu avec mon voisin de projection le très talentueux François-Guillaume Lorrain (du « Point ») avec qui j’ai sursauté de concert en découvrant ce qui suit…), comme nous l’indique à plusieurs reprises une immense banderole déployée à l’occasion d’une fête de charité au cours de laquelle est projeté devant les yeux émerveillés du gamin en question « Le Magicien d’Oz ». Non ? si ! Noooonnnn ? Sssssiiiii ! Etc. Dès lors, il n’aura hélas de cesse de vouloir rejouer sur son harmonica « Over the rainbow » et la chanson sera déclinée jusqu’au bout des deux longues heures trente que dure le film. Bref, « Le Magicien d’Oz » est le rosebud d’ "Australia".Or, rappelez-vous, le film se déroule officiellement en Australie en 1939. Et là, c’est le drame : dans la vraie vie des vrais kangourous et des vrais gens, « Le Magicien d’Oz » n'est sorti en Australie qu'en… 1940, soit un an après sa sortie américaine et un an après la date à laquelle le film se déroule . Tout tombe à l’eau : Kidman aurait pu chanter sans problème à son rejeton « J’ai du bon tabac » ou « Cadet Rousselle » mais pas « Over the rainbow » et ainsi de suite jusqu’à la fin du film. Ah ! le bel anachronisme que voilà ! Plus fort que fort : « Australia », le film qui remonte et pulvérise le temps aussi bien que la vraisemblance. Broutille me direz-vous. Oui, si les références au Magicien n’étaient pas permanentes, envahissantes et pour tout dire lourdes dans « Australia ». Car, ce film dans le film finit par être son « repentir » permanent, l’évocation d’une fraîcheur et d’une légèreté qu’il est incapable d’atteindre. Pour des raisons de cohérence chronologiques avec l’Histoire de l’Australie également évoquée, Luhrmann se paye le luxe de cette invraisemblance. Mais, il ne fait ainsi qu’appuyer un peu plus là où cela (lui) fait mal : « Le Magicien » dynamite de l’intérieur cette Australie avec d'autant plus de force que matériellement il n'est pas là !! Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si on chantait « Le Chant des Partisans » durant l’été 40. À ce stade, ce n’est plus tout à fait de la licence poétique mais un peu du je m’en foutisme, non ?La phrase du jour ? "Il faut tourner chaque film comme si c’était le dernier." Ingmar Bergman

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.