A Cannes J-3, un retour aux origines s’impose. Et c’est la maison à la marguerite qui nous en donne trois belles occasions : Gaumont fête ses 120 ans dignement avec une très séduisante exposition parisienne au 104 que l’on doit à Dominique Païni, un livre-reflet concu par Jean-Luc Douin aux éditions de La Martinière et enfin le premier volume d’une édition de DVD pour ne pas oublier que Gaumont ce sont d’abord et avant tout des… films et pas n’importe lesquels !

Sous le titre « Collection 120 ans », Gaumont entame l’édition de plusieurs magnifiques coffrets renfermant de véritables trésors cinématographiques. Et la plus belle pépite, c’est peut-etre le premier volume paru à ce jour qui couvre la période 1895-1929, d’une révolution mondiale à une crise mondiale donc. Au total 10 DVD, 1 CD de musiques écrites pour des films muets ainsi qu’un véritable livre d’accompagnement de 268 pages. Les grands pionniers de chez Gaumont, les découvreurs, les chercheurs d’or sont tous rassemblés ici : Alice Guy, Emile Cohl, Marcel Lherbier, Jean Renoir, Louis Feuillade, Léonce Perret, Jacques Feyder et Raymond Bernard et quelques autres encore. Plus de 250 œuvres rares dont un long métrage de Jean Renoir sont ainsi et enfin visibles.

On redécouvre tout simplement l’histoire du cinématographe. Impossible de résumer le foisonnement des histoires, des tendances, des courants et des genres. C’est un art qui s’invente sous nos yeux avec ses recherches avancées et ses branches dédiées au divertissement. Tout s’invente ici : le film d’animation comme la saga qui fait peur, le western (camarguais !) autant la reconstitution historique, le film de et pour potaches autant que le feuilleton-cinéma ancêtre de la série-télé. On repense alors à ce qui disait si justement Antoine Vitez à propos des dramaturges de la Grèce antique : « Ce sont eux les modernes et nous les anciens, ils ont tout créé et nous ne faisons que les répéter ». Autrement dit, la juvénilité, l’incroyable vitalité, la puissance créatrice sans tabou ni limite est du côté de ce cinématographe qui s’invente sous les yeux de ses spectateurs ébahis et dont nous pouvons à peine concevoir l’émerveillement qui fut le leur.

Ce beau coffret édité par Gaumont en annonce d’autres qui vont parcourir toute l’histoire de cette société de production « historique ». Si on aime le cinéma, il faut impérativement se le procurer comme on achèterait son arbre généalogique. Notre histoire, notre préhistoire est là dans ces films courts et longs, muets, en noir blanc. Ce coffret, comme les expositions actuelles consacrées à Gaumont et aux Lumière, c’est notre grotte Chauvet à nous les cinéphiles. Mais pas une reconstitution, non la vraie grotte, celle où l’on peut découvrir les premières images fondatrices. Celle où, émerveillés, on peut voir Félix Mayol grâce à Alice Guy. Celles de Louis Feuillade et son incroyable « Agonie de Byzance ». Sans oublier celles que l’on doit à Emile Cohl, d’une sidérante modernité.

Décidément, peu avant de faire un tour du monde du cinéma mondial d’aujourd’hui, on mesure l’intérêt de cette plongée dans le meilleur du cinéma d’hier. Ces « 120 ans de Gaumont » donne envie de cinéma encore et encore.

Collection « 120 ans », volume 1 (1895-1929), Gaumont

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