La Ciotat ? La Ciotat, dites-vous ? J’y suis, oui, je l’avoue, mais quel rapport avec le Septième Art ? D’accord, j’arrête de faire le malin et mon cinéma par la même occasion. Enfin, tout de même, ça ne date pas d’hier. 1895, c’est l’année de la première projection d’un machin de 50 secondes qui va révolutionner le monde de l’image. C’est le temps de l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat. Le temps pour la locomotive de s’arrêter et de laisser descendre qui ? Madame Lumière mère, la génitrice des deux inventeurs du cinématographe. Mais que faisait donc, me direz-vous (si, si) cette bourgeoise lyonnaise dans cette ville balnéo-prolétaire ? Elle venait dans sa résidence secondaire. Comme je vous le dis. Mais ce n’est pas elle évidemment qui mit en fuite une partie des premiers spectateurs dudit film sur le boulevard des Capucines à Paris dans la salle de projection du Grand Café. Non, c’était la loco qui crève l’écran ou presque. Un siècle plus tard, on se pâme sur la 3D. Foutaises ! Oui, c’est vrai, certains quittèrent leur fauteuil de peur d’être écrasés, broyés, laminés. Ne riez pas trop vite. J’aurais aimé nous voir ce jour-là. Une photo qui bouge. Au secours (vite, un ophthalmo !). De toutes façons, cette première projection invente tout, ou presque : le vrai-faux documentaire un tantinet soporifique avec figurants costumés et dirigés (« La Sortie des usines Lumière »), le film qui fait peur à force de réalisme (« L’Arrivée » donc), le film de vacances rasoir (« L’Arrivée...", on n’oublie pas que Madame mère Lumière est en villégiature), le film qui veut faire rire (« L’Arroseur arrosé »), l’adaptation littéraire (oui, « L’Arroseur » déjà cité, c’est la réplique cinématographique d’un gag éculé qui traîne dans les « comics » des quotidiens depuis des années..) et même l’intermittence du spectacle (le type qui arrose et se fait arroser derechef est le premier acteur payé pour un film dans l’histoire mondiale du cinéma… et pour cause !). Vous voyez bien qu’on invente tout ce jour-là en quelques films de quelques secondes. Enfin, l’essentiel. On découvre un sentiment aussi. Le sentiment cinéphile. Un sentiment amoureux par conséquent (le cinéphile, c’est celui qui aime le cinéma, pas celui qui en fait une secte). S’ensuivra la naissance du manque. Le manque de cinéma en cas d’abstinence forcée.Alors quoi ? La Ciotat peut juste se féliciter que Madame Lumière Mère n’ait pas choisi… Saint-Cast-le-Guildo ou Saint-Cirq-Lapopie comme résidence secondaire. Vous imaginez « L’Arrivée d’un train en gare de Saint Cirq Lapopie » d’abord et puis surtout, adieu La Ciotat. La Ciotat ? Connais pas ! Comme quoi la postérité tient à peu de choses. En l’occurrence, peut-être, à une petite annonce immobilière publiée dans « Le Progrès » : « Particulier vend villa à La Ciotat. Tout confort et gare ferroviaire sur place. Faire offre au journal qui transmettra. » Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Je rêve de ne rien faire, c’est tout un art, et, comme disait Gainsbourg, rien c’est déjà beaucoup. »Alain Souchon

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