La série en huit épisodes est produite par TF1 et diffusée sur la chaîne depuis le lundi 18 novembre. Coproduite avec Netflix, elle replonge son spectateur dans la France de la fin du XIXe siècle pour revivre le drame historique causé par l'incendie parisien. Qu'en ont pensé les critiques de "Une Heure en Série" ?

Affiche du film "Le Bazar de la charité"
Affiche du film "Le Bazar de la charité" © Denis Manin / Quad TV / TF1

La série présentée par Xavier Leherpeur 

XL : Nous sommes à Paris, le 4 mai 1897 : c'est le jour où se tient le Bazar de la Charité. L'occasion pour la haute bourgeoisie de la capitale de s'acheter à bas prix une fibre sociale en organisant une vente de bienfaisance à destination des plus démunis. 

Pour la première fois depuis sa création, ce bazar se tient à quelques encablures de la Seine, rue Jean Goujon, tout près de la place François Ier. Pour l'occasion, on a édifié un bâtiment éphémère tout en bois. Une mauvaise idée architecturale dont les uniques accès sont deux lourdes portes tambour. C'est un écrin qui va s'avérer un piège fatal lorsque le projecteur de la salle de cinéma va prendre feu au Bazar de la Charité. 

C'est un drame atroce dont les hommes sortiront majoritairement indemnes et qui va être l'occasion pour trois femmes, trois phénix, de changer d'existence, reprendre le cours de leur vie en main, défiant ainsi les conventions sociales et patriarcales régissant la France de la fin du XIXe siècle. 

C’est écrit par Catherine Ramberg à qui l'on doit La tueuse Caméléon et Karine Spreuzkouski à qui l'on doit Section de recherches. Deux femmes à l'écriture de cette série historique et féministe réalisée par Alexandre Laurent qui avait signé La mante et Le secret d'Elise. Un excellent casting : Audrey Fleurot, Josiane Balasko, Camille Lou, Antoine Duléry et Gilbert Melki, quelque part entre Eugène Sue, Fantomas et Jacques Tardi ! 

Pour Ava Cahen "c'est plus un langage de téléfilm qu'un langage de série..."

AC : "Il y a la volonté de renouer avec les grandes traditions TF1 de séries d'époque, de séries en costumes, genre Le Comte de Monte-Cristo, de gros budget, de gros casting ! 

Pour ma part, on en viendrait presque à regretter un petit peu la réalisatrice et scénariste Josée Dayan parce que, là, j'ai vraiment l'impression que le sens du romanesque s'est un peu perdu et que c'est plutôt un long clip d'Olivier Dahan... C'est méchant mais c'est vraiment trop travelling... Il y a trop de caméras en mouvement pour donner l'impression qu'il se passe quelque chose, pour nourrir ce qui se passe à l'image. Ce n'est pourtant pas un gage esthétique. Il y a aussi une surenchère musicale : il n'y a pas une seule scène où il n'y a pas des notes de piano ou du violon qui accompagnent la série... 

Tout ça est très pataud, très, très, très mélo.

Enfin, ce qui calme mon enthousiasme, c'est que je m'attendais à avoir une série catastrophe, et en réalité, c'est un mélo avec un fond féministe à la TF1... L'épisode 1, c'est l'épisode de l'incendie et tout est injecté dans cet épisode et par la suite, au détriment des autres épisodes... 

D'accord, les décors et les costumes sont assez travaillés. C'est plus un langage de téléfilm, en réalité, qu'un langage de série..." 

Je ne suis pas intéressée en vérité.

Les acteurs Antoine Duléry et Camille Lou : "Le Bazar de la charité"
Les acteurs Antoine Duléry et Camille Lou : "Le Bazar de la charité" / JULIEN CAUVIN / QUAD / TF1

Christine Haas salue "un drame historique, féministe qui questionne et comprend énormément de choses !"  

CH : "Justement, on retrouve les codes de la littérature feuilletonesques à la XIXe siècle ! Emile Zola, on est au cœur de l'affaire Dreyfus. C'est une série qui brasse énormément de choses !

Le côté féminin et féministe de la série est tout à fait exploité à travers les trois destins de femmes. Il est question de plein de choses, d'amour libre dans une société où les grandes familles s'unissent dans des mariages arrangés, les bourgeois sont en quête d'une particule et les aristocrates en quête d'argent, il est question de divorce à une époque où c'est quasiment impossible de divorcer, surtout un homme politique. Il est question de changement radical de vie. 

Cela traite d’une question d'émancipation à différents niveaux social, parental, marital.

C'est vrai qu'il faut prendre an compte qu'on est à l’heure #Metoo, dans le cadre de la dénonciation de la violence faites aux femmes mais le scénario ambitionne clairement de questionner la domination masculine

Finalement, ces trois héroïnes sont en avance sur leur temps, elles vont se débarrasser des conventions sociales assez courageusement. Elles refusent le rôle déterminé par le patriarcat. Et ça, ce n'est que pour la partie féministe de la série ! 

L'actrice Audrey Fleurot dans "Le Bazar de la charité"
L'actrice Audrey Fleurot dans "Le Bazar de la charité" / Denis Manin / Quad TV / TF1

Il y a aussi énormément de choses dans la narration qui va empoigner l’événement et ses suites en illustrant les failles du pays : elle pose à l'horizontal une ville de Paris qui s'agite pour évoluer vers une certaine modernité

C'est une série d'époque mais dépoussiérée avec un regard moderne où on parle comme aujourd'hui.

On pense un peu à Downton Abbey par la manière dont sont évoqués les abus des puissants féodaux. D'ailleurs, visuellement, ils l'ont revendiqué. La série puise aussi dans les codes hollywoodiens de Benjamin Button et la musique est assez présente. On pense beaucoup à l'univers électro-ténébreux de Steven Soderbergh. 

Je trouve que c'est une série qui est à la fois un drame historique teinté de soap et un récit anxiogène, tragique, romanesque. Il y a beaucoup de choses ! Prenez, par exemple, la destinée absolument macabre de la bonne, évoquant un peu la porte de l'épouvante à la fiction, Josiane Balasko, c'est l'héroïne de Misery de Steven King !"

Benoit Lagane a trouvé la série "géniale et pense que TF1 devrait faire cela plus souvent"

BL : "J’ai beaucoup aimé ! C'est du mélo oui, et alors ? C'est génial ! Un premier épisode d'une série française comme j'en ai jamais vu et qui décide comme ça de nous raconter l'incendie du Bazar de la Charité, quasiment minute après minute, avec la violence que ça engendre ! 

Moi j'ai trouvé ça extrêmement fort ! 

Pour tout dire, au tout début, en ce qui concerne les premières scènes j'ai eu un peu peur... Je trouvais que, dans la scène d'ouverture avec Audrey Fleurot et Gilbert Melki, quelque chose surjouait, cela gênait, je me disais "Ouh là, là, là, là dans quoi on va tomber ?". Et ensuite, épisode après épisode, minute après minute, je n'ai fait que aimer et encore plus aimer. 

Alors certes, on parle de féminisme, mais on parle aussi beaucoup de journalisme, de médias qui sont en train de se transformer, ce qui est très intéressant ! Un autre bémol : les grands comédiens de la série, ceux qu'on connaît par cœur comme Josiane Balasko sont peut-être en roue libre parce qu'ils sont très bien. Je ne suis pas totalement convaincu par eux... Je suis beaucoup plus convaincu par les comédiens qu'on connaît moins dans cette série, mais ça reste vraiment du grand spectacle. 

L’actrice Josiane Balasko dans "Le Bazar de la charité"
L’actrice Josiane Balasko dans "Le Bazar de la charité" / Denis Manin / Quad TV / TF1

Merci TF1 de faire cette série parce que TF1 ne fait souvent que reprendre des concepts qui existent déjà et les adapte. 

Là, la chaîne invente une série, une histoire de toute pièce, et c'est vraiment très réussi ! 

La série

► Dès le lundi 18 novembre 2019 sur TF1 (Une série en partenariat avec France Inter)

► Disponible sur Netflix après sa diffusion en intégralité sur TF1

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de la série sur le plateau de Une heure en séries :

8 min

"Le Bazar de la charité" sur TF1 : les crtiiques de "Une Heure en Série"

Chaque samedi à 20h, retrouvez les critiques de "Une heure en séries", réunis autour de Xavier Leherpeur, pour parler séries.

Conseils

► La lecture du livre de Bruno Feligni : « L'Incendie du Bazar de la Charité » (éd. l'Archipel) : un roman historique où, empruntant la voix d’un Lucifer sardonique et fier de son ouvrage incendiaire, l’auteur retrace ce tragique événement mais également la poudrière politique qu’était Paris à cette époque avec ses violentes inégalités économiques, ses nombreux attentats à l’explosif, la montée des contestations anarchistes et la répression d’un gouvernement autoritaire.

Aller plus loin

🎧 ANALYSE - "Le Bazar de la Charité" : une fiction en costumes aux échos contemporains

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