Un coup d’œil sur le programme du prochain Festival d’Avignon et la surprise d’y découvrir aux moins deux « intrusions cinématographiques ». Je ne parle pas ici de la belle programmation développée par les cinémas Utopia durant la manifestation, en lien avec certains spectacles et créateurs présents. Non, ce qui a retenu mon attention, ce sont les pièces créées par Christophe Honoré d’un côté et Amos Gitaï de l’autre. Deux cinéastes (et quels cinéastes !) au sens plein du terme, deux vrais tempéraments artistiques, deux univers que nous connaissons bien et que nous aimons. A vrai dire, il ne s’agit ni pour l’un ni pour l’autre d’une « première ». Gitaï reprend une pièce (« La Guerre des fils de Lumière contre les fils des Ténèbres », d’après « La Guerre des Juifs » de Flavius Josèphe) qu’il avait montée, il y a quinze ans en Italie. Pour Honoré, son « Angelo, tyran de Padoue » de Victor Hugo est une véritable création, mais la mise en scène de théâtre ne lui est pas étrangère, y compris à Avignon. Pour autant, cette double présence du cinéma dans la Mecque du spectacle vivant est plutôt réjouissante, tant on sent d’habitude un fossé important entre théâtre et cinéma. Honoré annonce clairement la couleur et le fondement de sa démarche : « comment établir l’équivalent du cinémascope sur scène ? » s’interroge-t-il dans le dossier de presse. Judicieuse question pour une pièce de Hugo qui lorgne (par prémonition lucide !) vers le cinéma XXL. Par quels moyens Honoré parviendra-t-il à ses fins ? Réponses en actes du 12 au 27 juillet prochain. Et pour enfoncer un peu plus le clou côté cinéma, il a demandé à Emmanuelle Devos, Clotilde Hesme et Anaïs Demoustier d’être de la partie.Gitaï, lui, fait appel à un monstre sacré en la personne de Jeanne Moreau, actrice de cinéma et de théâtre dont il ne faut pas oublier qu’elle a travaillé au théâtre sous la direction, entre autres, d’Antoine Vitez, cet autre monstre sacré trop tôt disparu. Six représentations seulement, du 7 au 13 juillet pour ce spectacle. Mais dans un espace à ciel ouvert et définitivement magique où résonnent les échos de Peter Brooks, Bartabas ou Caubère : la fameuse Carrière Boulbon, lieu magique par excellence, lieu spectaculaire par définition, lieu minéral propice à toutes les aventures. Evidemment, on y attend la tombée de la nuit pour y jouer. Tout prend alors des allures de caverne. Le côté massif et imposant du lieu disparaît au profit d’une intimité quasi totale. On entre dans une nef de pierre et on se sent ensuite comme dans une chambre sous les toits, entre amoureux. La nuit enveloppe, protège, rassure chacun des spectateurs-amoureux présents. Tout peut alors se passer : « C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau », comme le dit l’Annoncier du « Soulier de Satin ». Tout peut alors basculer dans l’inconnu d’une nuit spectaculaire. On imagine aisément que chacun (acteurs et spectateurs confondus) a la trouille. C’est le propre des grandes aventures. Celles qui réveillent et qui font voir belle la vie.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Voulez-vous venir un instant ? Je ne mords pas vous savez. Sauf si on me le demande. »Peter Joshua, alias Cary Grant, à Reggie Lambert, alias Audrey Hepburn, dans « Charade » de Stanley Donen

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