Mathieu Amalric pose un certain regard sur la chanteuse dont on va commémorer bientôt les 20 ans de la disparition. Gros débat sur le film parmi les critiques du Masque & la Plume…

Jeanne Balibar dans "Barbara" de Mathieu Amalric (sortie le 6 septembre 2017)
Jeanne Balibar dans "Barbara" de Mathieu Amalric (sortie le 6 septembre 2017) © Waiting For Cinéma 2017 / Roger Arpajou

Jérôme Garcin introduit le film d'Amalric avec éclat :

Un film, j'ose le dire parce que je l'ai bien connue, que Barbara aurait aimé.

Pour une simple raison : c'est qu'Amalric a fait l'exact contraire du biopic parodique ; c'est au contraire le portrait totalement fou d'une femme déraisonnable.

Amalric joue Yves Zand (c'est le nom de sa mère), un réalisateur engage une certaine Brigitte (c'est Jeanne Balibar) pour un prétendu biopic consacré à la dame brune lui-même inspiré du livre sur Barbara de Jacques Tournier (Tournier étant joué par Pierre Michon). Evidemment, le tournage ne se passe pas comme prévu et il va être très vite dépassé par son sujet... Au point qu'on ne distingue plus Barbara de Balibar ; les archives des images de fiction (toutes étant en trompe l’œil).

Moi j'en suis sorti évidemment bouleversé, mais en me disant que ce film qui n'était pas un portrait de Barbara est d'une fidélité exemplaire à Barbara.

Eric Neuhoff : "un film prétentieux, snob, qui vous dégoûterait presque de Barbara !"

Si on m'avait dit qu'un jour je regretterais La Môme avec Cotillard, je ne l'aurais pas cru ! Mais ce jour est arrivé…

C'est un des films les plus horripilants que j'ai vu dans ma vie.

Après ça, je ne sais toujours pas qui est Barbara ; en revanche je sais qui est Mathieu Amalric - et c'est beaucoup moins bien. C'est un type ivre de lui même, imbu de sa personne, qui s'adore à longueur de film.

Sophie Avon : "un film poignant, extraordinaire"

Mathieu Amalric n'est pas du tout imbu de lui-même, il sait très bien qu'il peut pas aller à Barbara avec un accès direct donc il prend des détours. C'est la nature même de Barbara qui implique ces complications-là. Donc il va jusqu'à elle avec des masques, des trompes l’œil, pour arriver à cette vérité de Barbara.

Il fait advenir Barbara par le cinéma et ça c'est magnifique. C'est une apparition, c'est du sortilège

Jeanne Balibar et Mathieu Amalric dans "Barbara"
Jeanne Balibar et Mathieu Amalric dans "Barbara" / Waiting For Cinéma 2017 / Roger Arpajou

Tout à coup, elle est là, c'est elle, on peut le dire. Et ça rien à voir avec la connaissance intime, c'est de la vérité pure de ci-né-ma. Et ça c'est ma-gni-fique.

Jeanne Balibar dans "Barbara"
Jeanne Balibar dans "Barbara" / Waiting For Cinéma 2017 / Roger Arpajou

Xavier Lerherpeur : "c'est de la magie"

L'ouverture est simplement une merveille absolue parce que c'est une double traversée du miroir : on entend d'abord sur un écran noir une voix : est-ce que c'est Balibar, est-ce que c'est Barbara ? On a déjà un doute.

Ce n'est pas un film pédagogique, c'est un film qui ne s'adresse pas qu'aux amateurs ou aux spécialistes, c'est de la magie.

C'est vraiment la sublimation au sens physique du terme, c'est à dire qu'on prend une matière solide : un personnage qui est un mythe, qui est un roc, que tout le monde respecte, qui bénéficie d'une adoration, c'est Barbara. Mathieu Amalric explose les choses comme on fait en physique et ça devient un parfum, une volute, une fragrance, c'est à dire quelque chose qui se dissémine, qui se dépose, qui vous enrobe... et Barbara est là.

Elle n'est jamais à l'écran et constamment avec nous. Elle est dans les miroirs ; elle est dans les reflets.

C'est une film de magie, un film de Méliès, un film de cabinet de curiosité.

Jeanne Balibar... ou est-ce Barbara ?
Jeanne Balibar... ou est-ce Barbara ? / Waiting For Cinéma 2017 / Roger Arpajou

Pierre Murat : "c'est quand même un film pour happy few"

Je reconnais que c'est une film ambitieux, audacieux. Ne pas faire un biopic classique c'est à dire pas comme les Américains en fourguent des dizaines : oui. Merci, Mathieu Amalric.

Cela dit, j'ai une petite gêne au bout d'un certain temps : les apparitions, la magie, la fugacité, au bout d'un certain temps... je me demande quand même s'il ne fait pas un peu l'intéressant parce qu'à force d'éviter tous les pièges, et il en évite énormément. Je me demande si quelque fois il ne sombre pas dans certains… et un qui est, à mon avis, terrible, c'est quand on entend chanter la vraie Barbara (on l'entend très peu mais on l'entend chanter). Alors que Jeanne Balibar chante très bien, elle fait des efforts et elle est magnifique, ne jouant pas Barbara mais recréant une image de Barbara, tout ça me convient très bien et puis brusquement, Mathieu Amalric pousse tellement loin le bouchon qu'il fait chanter la vraie Barbara et on se dit "Ouh lala, c'est plus du tout ça, ce n'est plus Balibar, ce n'est plus rien !" La magie dont vous parlez, pour moi, s'est cassée net à ce moment là.

Alors l'ambition oui, l'audace oui, le happy few, oui - c'est quand même un film pour happy few.

Jeanne Balibar devant une projection d'un film de Roger Arpajou (Ina) : Je suis né à Venise - 1977 / Réalisation Maurice / Barbara et Philippe Lizon
Jeanne Balibar devant une projection d'un film de Roger Arpajou (Ina) : Je suis né à Venise - 1977 / Réalisation Maurice / Barbara et Philippe Lizon / Waiting For Cinéma 2017

Ecoutez toutes les échanges des critiques à propos du film :

Et vous, chers auditeurs, qu'en avez-vous pensé ?

Qu'en ont pensé les auditeurs du Masque ? Pas que du bien ! Jérôme Garcin a reçu dans son courrier un flot de messages énervés... avec très peu de messages de défense du film. Retrouvez ici quelques extraits de ces courriers.

  • Ceux qui ont aimé

Pierre : un sublime film où Jeanne Balibar est magique

David : Barbara , un film qui évite l'écueil de la simple reconstitution d'époque en rendant un hommage sincère, il fallait oser

Christine nous parle d'une Jeanne Balibar aérienne, féérique et qui incarne majestueusement Brigitte et Barbara. Bouleversée par la magie du film, la magie du cinéma. Pour tant de beauté, merci et chapeau bas !

  • Ceux qui n'ont pas (mais vraiment pas) aimé

Marie : tout à fait d'accord avec Eric Neuhoff : c'est prétentieux, snob, bordélique. Amalric et Balibar se sont fait plaisir mais ont-ils pensé au public ?

Cathy : On apprend rien sur Barbara on ne l'approche même pas. Ce film, c'est de la poudre aux yeux

Mathilde : Vous êtes aveugle. Amalric est incapable de faire son film donc il met en scène son incapacité. Malin n'est pas cinéaste.

Isabelle : Barbara est décrite ici comme une hystérique artificielle à l'humour forcé, pénible ; ce film est un sacrilège prétentieux, égocentrique, irrespectueux, indigne, un contresens total.

Olivier : ce film est d'une prétention et d'un ennui incommensurable, on dirait une caricature de film français nombriliste

Laurent : Barbara c'est une voix unique, or demander à Jeanne Balibar de chanter c'est de l'escroquerie. Non seulement elle chante faux mais surtout son style vocal est à l'opposé de celui de Barbara.

Philippe : ce film est une insulte à la mémoire de Barbara.

Aller plus loin

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