Ce n’est pas un film aimable et il est pourtant recommandable. Présenté à Cannes l’an dernier, « Los Bastardos » du cinéaste mexicain Amat Escalante, ne peut laisser indifférent, tout comme d’ailleurs son premier et précédent film, « Sangre ». Escalante fut soit dit en passant l’assiatnt réalisateur de Carlos Reygadas pour le très dérangeant « Bataille dans le ciel ». Le moins que l’on puisse dire c’est que cette Nouvelle Vague mexicaine ne fait pas dans la dentelle d’un cinéma standardisé : Hollywood est loin, très loin, très au Nord, même si l’action du film se situe à… Los Angeles. Deux travailleurs mexicains clandestins, Fausto et Jesus, vivent là de petits boulots quotidiens jusqu’au jour où le contrat de travail temporaire qu’on leur propose est d’un genre très particulier. Un contrat façon syndicat du crime…L’histoire du film, c’est par conséquent celle d’un basculement dans l’horreur nécessaire, inéluctable. Pour Escalante, le message est clair : l’horreur économique (celle du chômage, du travail clandestin et illégal et de l’emploi précaire) débouche sur l’horreur tourt court. Au bout du compte, il n’y aura ici que des victimes. Si je reviens sur ce film qui gratte là où ça fait mal, c’est qu’il vient de sortir en DVD chez TF1 Vidéo, comme ça le 6 août ! Pas vraiment un film de plage pourtant… Pas vraiment une œuvre de vacances. Pendant ce temps-là d’ailleurs, « Neuilly sa mère » et ses 400 copies font un malheur dans les salles depuis hier. Doté d’un bonus assez maigre (un making of de trente minutes), « Los Bastardos » mérite bien mieux que cette sortie en catimini dans la chaleur de l’été. On a toujours quelque scrupule à recommander des films qui procurent plus de malaise que de bien être. Mais voilà, le cinéma n’est pas seulement un art mineur voué au pur divertissement. Il peut également nous bousculer, basculer, chahuter. Toutes choses qui peuvent nous rendre belle la vie le cas échéant. Ici, ce n’est pas vraiment le cas, mais si « Los Bastardos » nous secoue autant, c’est parce qu’il vise juste.Ah ! ça ira !La phrase de la fin de journée ?« Le vent taquin ose Te gifler souvent ?Chante dans le vent Et cueille la rose ! »Paul Verlaine, « Jadis et naguère »

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