Claude Chabrol et Gérard Depardieu au micro de « On aura tout vu » pendant une heure. Si les auditeurs se sont autant régalés que nous, c’est que le pari aura été gagné ! Pari de rassembler deux monstres sacrés, pari de faire venir Depardieu, pari de les intéresser tous les deux. Ils sont impressionnants l’un autant que l’autre. Chabrol ne cesse de s’amuser et d’amuser la galerie. Un pitre ? Non, un ludion incontrôlable qui vous laisse croire que vous avez la maîtrise de l’entretien et qui vous emmène exactement là où il veut. Chabrol n’est pas un rigolo, mais un rigolard. C’est à dire qu’il se sert de son rire pour faire tout passer, y compris le pire. Car rigolard rime avec vachard. Impossible de répéter ici ce qu’il a dit hors micro sur tel producteur de renom ou tel acteur à la mode. Sévère Chabrol, mais juste ! Avec Depardieu, il se comporte en père de famille amusé, bienveillant : l’oncle Claude prend soin de son neveu Gégé… Quand ce dernier, lourdement casqué et revêtu d’un blouson de moto en forme d’armure noire, descend l’escalier qui conduit à France Inter, Chabrol lance : « On dirait Terminator ! ». Ces deux-là sont complices.Depardieu est comme Justine, une amie à qui l'on a sans cesse et maladroitement envie de demander « A quoi tu penses ? », alors qu’on sait pertinemment que ce n’est pas la question à lui poser et que, si on la pose, on s’expose à un refus de répondre. L’un des plus beaux plans du cinéma français se situe à la fin de « Police » de Maurice Pialat quand Depardieu tourne, ô sacrilège, son regard vers la caméra, vers nous ses frères humains pour nous signifier la plus grande des mélancolies. L’acteur conserve ce regard quand il est face à vous. D’où la vacuité de lui demander à quoi il pense. Mieux vaut le laisser vagabonder. Durant l’émission, à plusieurs reprises, il est ainsi « parti » en évoquant Chabrol et Simenon, Piccoli et Sautet, de Niro et Montand. Cet homme-là, on voudrait l’entendre parler des heures. Et puis il y ses mains, énormes, dont a si bien parlé Denis Podalydès. Et puis il y a ce rire, énorme, qui surgit quand il mêle un formidable développement sur les petits cailloux que laisse Claude Chabrol à ses acteurs d’une part et une blague à deux balles proférée par le même Chabrol sur, je cite, le « sudoku et tête au nord », de l’autre. Et puisil y a ce corps, énorme, qui rempli l'espace avec une grâce et une légéreté infinies.Il y a comme ça des rencontres qui vous vengent de certains très mauvais films vus cette semaine. Un jour, je vous dirai lesquels !Allez, deux conseil pour ce début de week end : si vous n’avez pas écouté aujourd’hui entre 17 et 18 heures CC et GD dans « On aura tout vu » en direct, vous devez le faire allant sur le site de l’émission via franceinter.com ! Si vous avez décidé d’aller au cinéma, allez voir « Z32 » d’Avi Mograbi, en attendant évidemment de vous précipiter mercredi prochain sur « Bellamy » de Claude Chabrol avec Gérard Depardieu. Non ? si !La phrase du jour ? « Etre comédien, ce n’est pas l’idéal comme recherche d’équilibre. On est plus heureux en étant jardinier… mais c’est moins bien payé ! » Jean-Louis Trintignant

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