Deuxième film de la compétition officielle, « Valse avec Bachir » de l’Israélien Ari Folman a toutes les chances de faire parler de lui. On ne ressort pas indemne d’une projection aussi intense et déstabilisante que relativement courte (01h27). L’histoire ? Ari, metteur en scène israélien et

Valse avec bachir
Valse avec bachir © Radio France

Valse avec bachir
Valse avec bachir © Radio France
ancien soldat de la guerre du Liban dans les années 80, part à la recherche des souvenirs refoulés de cette période en interrogeant ses anciens compagnons d’armes, avec au centre le trou noir les massacres des Palestiniens de Sabrah et Chatila par les troupes phalangistes libanaises de Gemayel. A l’heure où l’insatisfaisant « docu-fiction » envahit notamment le petit écran avec un inquiétant esprit de système, ce documentaire d’animation est un véritable pavé dans la mare. Vous avez bien lu, un documentaire d’animation. Autrement dit, un OFNI (objet filmique non identifié). Le premier de l’histoire du cinéma ? Assurément, mais ce n’est pas l’essentiel, car, à bien y réfléchir, il n’y avait pas d’autre choix possible. Ni fiction (tout ce qui est raconté ici est vrai), ni documentaire (par la crainte parfaitement justifiée d’un résultat sans saveur : la juxtaposition de témoignages face caméra sans image d’archives), ce film fait écho à toutes les questions que pose le « mentir vrai » du genre documentaire. Et les résolutions proposées ici sont bien souvent sidérantes et passionnantes. Le recours à l’animation, par exemple, permet de retranscrire les discours oniriques des témoins. Oui, un témoin dans un documentaire, ça peut raconter un rêve-cauchemar. C’est ici le cas à plusieurs reprises et notamment dans une scène d’ouverture qui fonctionne comme un film d’action très efficace. C’est ici que le « docu-fiction » ferait le plus de dégâts en faisant jouer par des comédiens les rêves en question. La transcription par le dessin évite ce ridicule et donne au contraire à ces rêves un incroyable pouvoir. Tout ici prend forme, sens et émotion, y compris la naissance aquatique d’une mer/mère –refuge du soldat en perdition. Le reste est à l’avenant dans une animation entre Loustal et Chantal Montellier, c’est à dire toujours entre la chair et le sang, le soleil et l’obscurité totale. La parole documentaire relayée par l’animation prend ici une nouvelle dimension : la première n’abolit en rien la seconde, comme c’est souvent le cas avec le docu-fiction. Certains resteront insensibles à cette proposition de cinéma, d’autres voudront « peser des œufs de mouche dans des toiles d’araignée » sur le terrain politico-historique d’une guerre qui vient de se rappeler à notre bon souvenir juste avant l’écran cannois. D’autres, dont je suis, garderont longtemps en tête les images et les mots. Aujourd’hui, j’ai vu un film, j’ai vu du cinématographe. Et finalement, ce n’est pas si fréquent. Même ici. « Valse avec Bachir » sort le 25 juin prochain, tenez-vous le pour dit. D’ici là un jury courageux pourrait l’inscrire au palmarès final : ce ne serait que justice. Cannes joue pleinement son rôle quand il nous présente ce type de film. Et pendant ce temps, les Ch’tis ? Pas tout à fait… presque…

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