Retour sur un cinéaste trop souvent ignoré, alors que son art est exposé à la galerie Art Ludik (Paris)

Bill Plympton :

Il me semble que c’est plus naturel de faire des films avec les idées que j’ai dans la tête que celles que j’imagine qu’il y a dans la tête d’un enfant. Un auteur parle de ce qu’il connaît, ce qu’il ressent. Je pense que c’est ainsi que l’art doit se faire.

Audacieux, atypiques, absurdes, burlesques, ouvertement sexualisés : les films de l’américain Bill Plympton détonnent dans l’univers du cinéma d’animation. Retour sur un cinéaste trop souvent ignoré, alors que son art est exposé à la galerie Art Ludik.

“Des idées adultes”

Depuis près de 40 ans, le réalisateur s’entête à proposer des œuvres animées de qualité, drôles et efficaces . Et rencontre le succès : entre autres prix, le réalisateur a reçu l’année dernière le Prix du Jury au festival d’Annecy pour Les Amants électriques . Autre consécration, d'un autre genre : le réalisateur a fait partie des "élus" qui ont repensé le générique des Simpsons :

Dans ses films, Bill Plympton s'autorise une grande liberté de ton... Ce qu'il peut se permettre puisqu’il a choisi de ne dépendre de personne pour financer ses films. Cela lui permet d'oser proposer des films d'animation qui s’adressent d'abord à un public adulte .

Une audace qui s'explique peut-être par son parcours : avant d'être animateur, Bill Plympton était cartoonist pour le New York Times et Vogue , mais aussi pour des magazines masculins comme Playboy , Penthouse .

Cela me semblait naturel, c’est le genre d’histoire et d’humour que je veux faire. Quand j’ai commencé à faire de l’animation, j’avais toutes ces idées pour des films ; c’étaient des idées adultes.

Et en effet, Bill Plympton est célèbre pour son ton particulier :

Techniquement, le réalisateur anime à l’ancienne : une succession de dessins peints sur celluloïd (c’est basiquement la même technique qu’avait utilisée Walt Disney pour faire Blanche Neige en 1937). Un travail long que Bill Plympton réalise en grande partie seul : “Je n’ai pas les moyens d’avoir une grande équipe mais c’est aussi un plaisir de faire l’histoire, le storyboard, les personnages, les décors et l’animation” dit-il. Autrement dit, tout seul pour faire tout le film ? Presque. Bill Plympton dirige une équipe réduite, six à sept personnes. Ensemble, ils produisent un long métrage tous les trois ans environ, ainsi que plusieurs courts métrages et publicités entre temps. Cela représente une quantité de travail impressionnante. Pour produire une telle quantité d’images en si peu de temps, il faut adapter le style d’animation... D'oùl'aspect un peu saccadé de ses films, qui est devenu sa marque de fabrique .

“J’aime les films simples, pas chers et rapidement fait”

"Si c’est un bon jour, je peux dessiner 15 secondes d’animation, peut-être 20. C’est beaucoup, quasiment deux minutes d’animation par semaine.” explique Bill Plympton. “L’animation 3D est très chère et lente ; je n’aime pas ça .” L’auteur a bien tenté l’expérience, une fois, pour Shuteye Hotel (2007), mais elle s'est révélée amère : “J’ai fait les dessins en à peu près deux semaines mais il a fallu six mois à l’animateur pour faire l’hôtel ! Ça m’a coûté beaucoup d’argent. Je me suis dit : plus jamais ça ! ”. Depuis, lorsque le réalisateur tente de nouvelles techniques, cela se limite à celles qui sont réalisables sans ordinateur. Comme *dessiner tout un court métrage au stylo Bic *(Footprints, 2014) - un dessin animé où aucun repentir graphique n'est possible…

Mais plus que les techniques, le réalisateur américain s'amuse à explorer les limites narratives qu'offre le cinéma d'animation. "J’aime mettre la caméra où on ne l’attend pas, où on l’a jamais vue avant." Ce qui aboutit à ces plans complètement fous typiques de son œuvre, comme une soirée romantique vue de l'intérieur de la bouche de Madame (CONTENU EXPLICITE, cette vidéo n'est pas à ne pas mettre devant les yeux de tout le monde)…

On peut évoquer aussi ses corps caoutchouc, déformés à l'envi, selon les besoins de l'histoire...

Ou encore des plans séquences qui s'étirent à l'infini, puisque les corps se transforment et retransforment encore...

Actuellement, le réalisateur travaille sur “Revengeance ”, un long métrage dont il envisage la sortie, si tout va bien, pour l’automne 2016. Cette fois-ci, Bill Plympton travaille avec un associé : Jim Lujan . Ce dernier fait le character design des personnages et le scénario ; Bill Plympton se charge du reste : cadrage, animation, mise en scène. L'action se déroule dans les bas-fonds de Los Angeles aec tout une série de personnages hauts en couleur - comme toujours : motards, catcheurs, politiciens corrompus, travestis… Quelques dessins de recherche (de l’ensemble de son œuvre) sont actuellement exposés à la galerie Art Ludik à Paris.

Celluloïd signé Bill Plympton
Celluloïd signé Bill Plympton © Bill Plympton

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