Si j‘en crois la rumeur, j’ai donc vu ce matin à 8h30 le film dont l’interprète principal recevra le Prix d’interprétation masculine ! Si je m’en crois moi (ce qui fait moins de monde, c’est vrai), le nouveau film d’Alejandro Inarritu, « BIUTIFUL » (compétition officielle), avec Javier Bardem, m’a fait l’effet d’un puissant somnifère, pour vous dire ma vérité ! Grand habitué de Cannes, le cinéaste y est présent cette année avec son film le plus linéaire, le moins dérangeant d’un point de vue narratif, son scénariste attitré Guillermo Arriaga étant absent de ce projet pour cause de dispute.

Yves Herman / Reuters
Yves Herman / Reuters © Radio France

Mais ce n’est pas cette construction classique qui fait problème à mes yeux. Dès les premières images, on découvre un Javier Bardem à l’aspect diabolique presque caricatural (il a un bouc, une queue de cheval et devant lui un hibou mort…) et toute la suite du film sera de déconstruire cette première vision quasi satanique en complexifiant le personnage. Uxbal-Bardem est tout à la fois : drogué et atteint d’un cancer en phase terminale, délinquant et bon père de famille, négrier de clandestins chinois et protecteur de revendeurs noirs, pourvoyeur de radiateurs pour atelier clandestin et acheteur de radiateurs dangereux, époux divorcé et compagnon prêt à pardonner, etc… Plus humain, c’est impossible. Il est le ying et le yang, le blanc et le noir, il est le diable et le Christ aux outrages. Bref, il est humain, terriblement humain et sa Jérusalem à lui s’appelle Barcelone. Une Barcelone comme on la voit rarement au cinéma soit dit en passant. Une Barcelone façon Paris-La Goutte d’Or, en rupture avec la capitale culturelle et vibrante si souvent montrée au cinéma. Mais le personnage de Bardem n’est pas que cela : il entend les morts et les voit même, en général plaqués au plafond dans l’attente d’un apaisement définitif avec les vivants. Ce qui nous vaut quelques scènes « médiumniques » qui frisent le ridicule. Comme s’il s’agissait pour Inarritu de trouver dans tout ce glauque l’échappée métaphysique qui lui manque. Autre présence de la mort à la sud-américaine avec le cadavre d’un père embaumé et que le héros découvre littéralement, alors que lui même se sait condamné à mort par la médecine. Lourds symboles en vérité qui encombrent le film et lui font cultiver une sinistrose qui risque de ravir a contrario Pascal Thomas. Il est vrai qu’ici cette avalanche de malheurs, de misères et de noirceurs ne disent pas plus que cela : la nécessaire réconciliation avec les vivants avant l’au-delà. Maigre morale, on en conviendra. Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire et après 2h20 de projection. On glissera sur l’abominable surprésence musicale et sur-signifiante également qui partage désormais la Palme de BO la plus lourde avec celle du film de Mike Leigh. Et Bardem me direz-vous ? Présent à chaque plan ou presque, il offre son visage et son corps en offrande aux spectateurs dans cette liturgie de la rédemption. Faut-il récompenser cette performance presque saint-sulpicienne, c’est au jury présidé par Tim Burton de répondre. Je ne suis pas certain que ce serait un véritable cadeau pour l’acteur… Extrait de dialogue Uxbal Il m’a dit que c’était comme une mer de boue à l’intérieur, que ses yeux étaient de la gelée… et que ses cheveux brûlaient.

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