Entre le numéro de clownerie pour les uns, et un film magnifique sur la résilience et la fidélité pour d'autres... Les critiques ciné du "Masque & la Plume" étaient particulièrement en désaccord pour "Bonhomme", le huitième film de Marion Vernoux. Qu'en ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" ?

Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle, sur le tournage de "Bonhomme" de Marion Vernoux. Un couple ordinaire qui vit un drame, un accident de voiture, dont lui en ressort complètement obsédé par le sexe.
Ana Girardot et Nicolas Duvauchelle, sur le tournage de "Bonhomme" de Marion Vernoux. Un couple ordinaire qui vit un drame, un accident de voiture, dont lui en ressort complètement obsédé par le sexe. © Copyright Michaël Crotto / Orange Studio Cinéma / UGC Distribution

Le film de Marion Vernoux, résumé par Jérôme Garcin

Ça se passe dans une ZAC (Zone d'Aménagement Concerté) lilloise. Marilyn (c’est Ana Girardot) est caissière chez Go Sport. Piotr (c’est Nicolas Duvauchelle) vend des cuisines chez But. Ils s’aiment autant qu’ils se chamaillent. Un jour, ils ont un accident de voiture. Marilyn, qui conduisait, est indemne, mais Piotr subit un traumatisme crânien. Quand il sort de l’hôpital, il oscille entre aphasie et apathie, exaltation et violence. Il est en plus affligé d’une hypersexualité qui le fait bander du matin au soir. 

Le film raconte comment Marilyn va l’aider à recouvrer une existence presque normale et même offrir, à ses copines dans le besoin, son compagnon priapique. Dans ce rôle cul par-dessus tête au sens propre : c'est Duvauchelle, que j'ai trouvé épatant, et, dans un rôle plus sacrificiel, Girardot. Un couple qui ne parle plus la même langue, mais qui reste soudé à jamais. 

Xavier Leherpeur y a vu "un couple magnifique"

XL : J'aime beaucoup ce film. Je me demandais si le personnage féminin allait réussir à s'en sortir ? Non seulement elle va jusqu'au bout et il manque quelque chose de très important. Elle est sacrificielle mais elle n'est pas compassionnelle. Elle est responsable de l'accident…elle va à l'hôpital puis elle y va de moins en moins. Elle a un rapport dans le déni, dans la culpabilité sans doute : il y a un personnage très intéressant.

Duvauchelle est magnifique, la scène où il se réveille, où il est face à son psychothérapeute... Il construit un personnage qui aurait pu être une caricature, d'une lourdeur... et ce n'est absolument pas le cas. L'humour est constamment là. 

Marion Vernoux ramène toujours le film dans le concret, c'est-à-dire comment garder son emploi et assumer son mari qui s'est pratiquement transformé en enfant qui veut baiser et qui bande tout le temps. Et elle, elle est la seule à ramener de l'argent, il faut absolument qu'elle garde son emploi dans une ZAC. Et je trouve que la description à la fois du monde des employés, BUT, Go Sport... est très juste, avec les petits sous-chefs qui la menacent. 

Du coup l'humour est édulcoré, mais il est toujours présent. On n'est jamais dans le glauque, on n'est jamais dans le misérabilisme

Le film est d'une force, outre son interprétation, en terme de mise en scène et d'écriture, tout à fait remarquable.

Jean-Marc Lalanne parle d'un "numéro de clownerie"

JML : Je ne m'attendais pas à ce que le film soit défendu. Il m'est un peu tombé des yeux, je le trouve extrêmement saugrenu et en même temps, j'ai très peu de choses à dire tellement il m'a paru dépourvu d'enjeux.

Ce parti-pris de faire un film très feel-good, très comédie, sur un épisode extrêmement dramatique, c'est un coup de force, qui ne produit à mon avis pas grand chose, sinon une comédie qui rend tout artificiel.

La souffrance du personnage incarné par Duvauchelle, on ne la voit pas, je ne vois pas le handicap, je vois un numéro de clownerie inégalement drôle. Du coup, il y a une fausseté, aussi bien dans leur couple que dans leur environnement socio-professionnel, du personnage d'Ana Girardot.

Comble de tout, ce film "manque de cinéma" pour Nicolas Schaller

NS : Je n'arrive pas à trouver ça drôle, je n'arrive pas non plus à trouver ça bouleversant. Je vois très bien ce qu'essaye de faire Marion Vernoux, et les intentions me plaisent plutôt bien : raconter une impasse.

C'est vraiment un film qui fait du surplace car elle se retrouve avec un amoureux handicapé et elle est démunie. Mais je trouve que le film manque de rythme, ça manque de cinéma.

Et quand il y a recours à des montages musicaux quand il commence à faire des passes, je n'arrive pas à savoir s'il faut que je ris, s'il faut que je trouve ça pathétique... Je suis dans un entre-deux comme ça. Le film a l'audace de le tenter mais voilà je ne comprends pas trop. 

Danièle Heymann y voit un très beau film sur la résilience et la fidélité

DL : J'aime assez ce film. Les deux acteurs s'en sortent de façon étonnante, parce que ce n'est pas facile. Ni l'un ni l'autre n'ont un travail facile. Le handicap pour que ce ne soit pas exagéré, ni caricatural, c'est difficile, et elle ne le quitte pas des yeux donc c'est très compliqué.

Ce que j'aime avec des scènes un peu répétitives, c'est que c'est un beau film sur la résilience et sur la fidélité. Il n'y a pas tellement de films sur la fidélité. Elle ne voit pas trop l'homme qu'il est devenu, elle voit l'homme qu'elle aime. Et donc c'est une histoire d'amour un peu particulière. Un peu bancale, c'est le cas de le dire, mais qui a une vérité.

Écoutez

Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du Masque et la Plume :

6 min

"Bonhomme" de Marion Vernoux : les critiques du Masque et la Plume

Aller plus loin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.