Tourné quatre ans après le succès du roman de Françoise Sagan, le film d’Otto Preminger vient tout juste d’être restauré et revient nous troubler encore.

Jean Seberg dans Bonjour Tristesse
Jean Seberg dans Bonjour Tristesse © © 1958, renouvelé 1986 Columbia Pictures Industries, INC. Tous droits réservés

Les scènes du film furent tournées entre le 1er août et la mi-octobre de l’année 1957. Les intérieurs dans les studios de Shepperton au Royaume-Uni et les extérieurs à Paris, en noir et blanc pour les scènes du présent et en couleur pour les scènes du flash-back, à Saint-Tropez ou à Monte-Carlo, mais aussi au Lavandou, dans le Var, dans la propriété de Pierre et Hélène Lazareff, que vous pouvez situer ici sur Google Earth !

Rappelons brièvement l’histoire

Cécile, jeune parisienne de 18 ans, vit avec son père, veuf et riche. La vie de ce drôle de couple semble futile, et c’est en remontant dans ses souvenirs de l’été précédent, au bord de la mer, que nous sommes plongés dans le bonheur puis les affres de l’adolescente à jamais touchée par la tristesse…

Jean Seberg & David Niven dans Bonjour Tristesse
Jean Seberg & David Niven dans Bonjour Tristesse © Aucun(e)

Dans le rôle de Cécile, Jean Seberg

Dans les flash-backs en couleur, avec son minois bronzé et sa candeur adolescente, elle semble insaisissable, toujours prête à bondir et à plonger. Puis, dans les scènes du présent, tournées en noir et blanc, une jeune femme brisée, dont le mystère semble impénétrable.

Otto Preminger est indéniablement le découvreur de Jean Seberg puisqu’il l’a choisie entre 18 000 candidates pour l’interprète de sa Jeanne d’Arc. Voici son entretien télévisé par François Chalais, fin septembre 1957, en plein tournage, où il explique ce qui l'a intéressé dans le roman de Françoise Sagan, et en particulier les problèmes de la jeunesse.

La séquence finale, que le journal Time Out considérera comme « l’une des plus tristes du cinéma » semble être aussi l’un des pires moments que Jean Seberg aura vécu au cours d’un tournage, selon Mylène Demongeot dans ses mémoires :

«Otto Preminger […] voulait que, sans le moindre mouvement ni contraction musculaire, des larmes coulent sur son visage impassible, comme mort. Facile à dire, pas évident à exécuter… Le tournage durera la journée entière, sans être pour cela parfaitement satisfaisant pour Preminger, les larmes arrivent trop vite ou bien le visage s’est crispé ou bien les larmes ont coulé aussi par le nez. Le visage devient rouge… Les yeux aussi… On remaquille, on nettoie, on met des gouttes dans les yeux et l’on recommence… Comme ça toute la journée… À la fin, elle aura une crise de nerfs. […]»

Mylène Demongeot joue Elsa

Dans le rôle de la jeune maîtresse du père de Cécile, Mylène Demongeot nous offrait alors, dans un tourbillon de rousseur mutine fulgurante, quelques épisodes drolatiques et enjoués.

Dans ses mémoires, parues sous le titre Tiroirs Secrets, Mylène Demongeot évoque un tournage houleux, à la dimension des exigences et des colères du metteur en scène :

Preminger est le seul metteur en scène que j’ai connu sortant de la salle absolument fou de rage et insultant tout le monde.

Avec David Niven, qui joue le rôle du père, Mylène Demongeot répète inlassablement son rôle et apprend beaucoup sur le métier grâce à ce parfait gentleman au flegme britannique.

Jean Seberg dans Bonjour Tristesse
Jean Seberg dans Bonjour Tristesse © Aucun(e)

Juliette Gréco fait une apparition en noir et blanc

Dans un caveau de Saint-Germain-des-Prés, parfaite dans le rôle de sa vie, elle chante la lancinante chanson du film. Ici, la version française dont le texte est de Françoise Sagan, les paroles anglaises, d'Arthur Laurents et la musique, de Georges Auric.

Retrouvons Juliette Gréco dans ce document INA du 23 juillet 1958, une entrevue télévisée avec Jacqueline Joubert qui animait l’émission Rendez-vous avec, alors qu’elle parle de son amie Françoise Sagan et qu’elle ne connaît pas encore les paroles de la version française de cette chanson.

Et Françoise Sagan, que fait-elle pendant ce tournage ?

Au parfum sulfureux de scandale qui entourera la sortie du roman en 1954, l'auteur répliquera « Pour moi, le scandale dans cette histoire, c'était qu'un personnage puisse amener par inconscience, par égoïsme, quelqu'un à se tuer ».

Elle viendra assez souvent sur le tournage du film dans la villa du Lavandou, aussi pour consoler Jean Seberg, très éprouvée par la violence du metteur en scène.

Le film entièrement restauré, dont vous pouvez voir ici un extrait, est actuellement disponible en Blu-Ray et en DVD auprès de Carlotta Films.

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