Voici un film suédois du Danois d’origine iranienne Ali Abbasi (vous suivez ?) : "Border". Ce film fantastique est tiré d’une nouvelle de John Ajvide Lindqvist. Le film avait beaucoup fait parler de lui à Cannes ; aujourd'hui le voici en salles. Qu'en ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" ?

"Border" d'Ali Abbasi est sorti dans les salles le 9 janvier 2018
"Border" d'Ali Abbasi est sorti dans les salles le 9 janvier 2018 © Wild Bunch Germany

Le film résumé par Jérôme Garcin

L’héroïne, Tina, est une contrôleuse de douane au visage bestial (Eva Melander). Elle grogne et a un flair surdéveloppé qui lui permet de sentir le resquilleur. Elle rencontre un jour un type qui a la même tête animale qu’elle, Vore (Eero Milonoff), et qui lui dit : « Tu es un troll ». Dès lors, le film oscille entre le naturalisme et le fantastique, dans des paysages magnifiques, où les deux créatures vont s’accoupler, genre L’amant de Lady Chatterley version Freaks... 

Nicolas Schaller : "C'est vraiment le film que je conseillerais à tout le monde cette semaine !"

NS : C'est difficile d'en parler parce qu'on n'a pas envie de trop en révéler. Je suis arrivé en ne sachant vraiment rien du film, même après le festival de Cannes, je n'ai pas voulu lire de choses sur le film. 

C'est un film qui est à la fois dérangeant et d'une grande poésie, très transgressif sur sa manière d'aborder ce thème de l'identité. 

La force du film est d'être vraiment dans un pur conte fantastique avec un naturalisme du début à la fin, ça tient vraiment la note. On y croit toujours... Même les choses les plus improbables sont filmées avec un naturel dingue. C'est vraiment un film troublant, qui interroge nos croyances.

Nicolas Schaller : "Le film d'Ali Abbasi est inspiré d'une nouvelle du Suédois John Ajvide Lindqvist, auteur qui avait aussi inspiré le film de Tomas Alfredson, Morse (sorti en 2008)".
Nicolas Schaller : "Le film d'Ali Abbasi est inspiré d'une nouvelle du Suédois John Ajvide Lindqvist, auteur qui avait aussi inspiré le film de Tomas Alfredson, Morse (sorti en 2008)". / Metropolitan FilmExport

Xavier Leherpeur estime que c'est "un de films les plus stupides de l'année"

XL : Le premier problème du film, c'est de confondre la monstruosité avec la laideur. Je lis partout : "C'est un film sur l'humanité des monstres". Non ! C'est juste une femme laide (avant qu'on découvre éventuellement l'hypothèse que Jérôme Garcin a soulevée). 

On nous fourre un salmigondis sur la théorie des genres : lui serait peut être une femme et elle peut-être un homme - mais tout ça reste très hétéro-normé : ça reste un zizi dans un vagin. La transgression et la subversion ne sont pas du tout là où on essaie de nous le faire croire. 

C'est vraiment un film lourd, dérangeant (mais au mauvais sens du terme parce que ça n'apporte rien au débat). Ça ne fonctionne pas un instant !

Xavier Leherpeur : "Ça ne fonctionne pas un instant !"
Xavier Leherpeur : "Ça ne fonctionne pas un instant !" / Wild Bunch Germany

Sophie Avon a été assez déçue...  

Le début m'a plutôt fait sourire parce que quand on a vu Buffy contre les vampires il y a une vingtaine d'années, on a exactement ce profil de physique avec justement quelqu'un qui renifle les odeurs - et pas les odeurs de crasse mais les odeurs de honte, de culpabilité, d'amour... Ça a déjà été inventé - après, Ali Abassi en fait autre chose, et il a droit d'utiliser ça ce n'est pas grave... 

Un petit air de "Buffy contre les vampires" dans "Border" ?
Un petit air de "Buffy contre les vampires" dans "Border" ? / Wild Bunch Germany

C'est très beau, toute la première partie où on suit cette femme qui pour le coup est pétrie d'humanité - même si elle cherche ses origines parce qu'elle se rend compte qu'il y a quelque chose qui cloche chez elle. Je trouve que toute la partie qui va jusqu'à sa rencontre avec Vore, qui la révèle à sa vraie nature, est vraiment très belle. Après c'est Lady Chaterley : cette façon de filmer l'amour avec innocence, je trouve ça plutôt poétique et très beau.

Ensuite je trouve que le film se perd sérieusement avec des histoires de pédophilie et de trafic de bébés. La courbe magnifique qu'il aurait pu avoir sur l'humanité qui interroge sa propre sauvagerie et la frontière qu'il y a entre les deux (puisque le film s'appelle "Border") plus que la tolérance... La fin affaiblit le film.

Charlotte Lipinska a trouvé le film "troublant, dérangeant et assez fin"

J'ai eu la chance de voir le film sans rien savoir... et ça a marché, vraiment.

Ali Abbasi arrive à ce tour de force assez dingue de créer de la poésie avec que du moche. Tout est extrêmement vilain : Tina est très ingrate mais même la lumière, les cheveux gras, les ongles sales... TOUT est assez laid. Et pourtant, sort de ça quelque chose d'extrêmement poétique dans toute la confrontation à la nature. 

Elle va découvrir son identité au même rythme que le spectateur... Et c'est là où je trouve le film troublant, dérangeant et assez fin dans ce mélange des genres entre drame, polar, fantastique, fable... 

Là où je rejoins Sophie, c'est qu'effectivement, cette sous-intrigue d'enquête policière de trafic pédophile ça n'apporte rien, c'est assez superflu et je trouve qu'on perd le fil tenu depuis le début.

Charlotte Lipinska : "Il y a ce côté fable naturaliste qui m'a beaucoup touchée."
Charlotte Lipinska : "Il y a ce côté fable naturaliste qui m'a beaucoup touchée." / Wild Bunch Germany

Aller plus loin

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du Masque et la Plume... 

10 min

"Border" d'Ali Abbasi : les critiques du Masque et la Plume

La bande annonce du film... si vous préférez ne pas suivre les conseils de Charlotte Lipinska ou Nicolas Schaller :

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici !

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