"Girl" est le premier long métrage du belge flamand Lukas Dhont, et déjà, il a reçu le "Prix de la Caméra d'Or" au festival de Cannes. Une fois n'est pas coutume, les critiques du "Masque & la Plume" sont d'accord avec le choix du jury : ils ont adoré le film !

"Girl" le film de Lukas Dhont, sortie le 10 octobre
"Girl" le film de Lukas Dhont, sortie le 10 octobre © Menuet

Pour en débattre, Jérôme Garcin s'est entouré de Charlotte Lipinska(Vanity Fair), Pierre Murat (Télérama), Jean-Marc Lalanne (Les Inrockuptibles) et Xavier Leherpeur (7ème Obsession) 

Le résumé du film de Lukas Dhont 

Victor Polster, la révélation du film, est Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, l’acteur, Arieh Worthalter, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Sortie le 10 octobre 2018

Jean-Marc Lalanne trouve le film vraiment très très réussi, impressionnant

Il y a quelque chose dans le rythme qui est soutenu tout le temps. 

Le père est compréhensif, du coup, il y a un déplacement des enjeux. Souvent les fictions sur les minorités montrent comment l'acceptation doit se faire contre l'extérieur, contre la famille, contre l'institution, alors que là, ce qui est frappant, c'est que cette jeune fille trans, en fait, est acceptée par sa famille et par son école de danse mais elle hérite de la représentation du corps et du genre, archaïque et très ancienne. Le film déplace le conflit sur quelque chose d'extrêmement intime : elle se débat contre elle-même. 

Girl réussit à nouer une relation d'empathie entre le spectateur et le plus profond de cette jeune fille. On ne la quitte pas parce que la caméra est au plus près d'elle tout le temps... 

Pierre Murat a particulièrement apprécié le personnage du père, joué par Arieh Worthalter

Même si Lukas Dhont abuse un tout petit peu de mouvements de caméra à l'épaule pour filmer la danse, mais on lui pardonne parce que c'est pour montrer la fébrilité, l'évolution des sentiments : le fait que la fille ne sache pas exactement si elle est attirée par les garçons ou par les filles ou encore le premier émoi sexuel qui ne se passe pas très bien. 

Le personnage du père est absolument formidable, c'est presque trop et en même temps, il est tellement bouleversant de compréhension, de tendresse. C'est un héros comme on en faisait dans le grand cinéma, même américain. Il y a une espèce d'humanité. Grâce à lui, le film devient vraiment quelque chose de très beau.

"Girl" le film de Lukas Dhont, sortie le 10 octobre
"Girl" le film de Lukas Dhont, sortie le 10 octobre / Menuet

Charlotte Lipinska a été à la fois éblouie et très émue par le film

Ce qu'elle trouve très beau, c'est que l'on montre une famille où la mère est absente sans que l'on sache pourquoi, ni comment. Est-ce qu'elle est partie ? Est-ce qu'elle est décédée ? On ne sait pas.

Cette jeune fille, Lara, élevée par son père, cette famille sans mère, est montrée comme une famille qui n'est pas dysfonctionnelle et ça c'est extrêmement rare au cinéma. Que l'on montre une famille sans maman, ça n'est pas un problème, ça n'est pas un sujet, ça ne créée pas de tensions.

Le rôle du père est d'une grande douceur, d'un accompagnement avec sa fille extrêmement émouvant. Il faut citer le nom de l'acteur qui joue le rôle du père : Arieh Worthalter. C'est vrai que Victor Polster est la grande révélation du film, mais lui aussi, le comédien qui joue le père est absolument formidable. Dans Girl, il y a beaucoup de pudeur et en même temps, il ne cache rien des souffrances intimes de cette jeune fille. 

Les scènes de danse sont peut-être un peu répétitives mais Lukas Dhont n'a pas vraiment volé la Caméra d'or, c'est vraiment un film à ne pas rater.

Pour Xavier Leherpeur, "le film est magnifique", une pure merveille

La grande force du film, c'est que l'on n'est pas dans le parcours d'un garçon qui veut devenir une fille. Ça c'est fait, c'est acté : il est en transition, tout se passe bien sauf que, effectivement, il y a conflit entre son désir de devenir femme et désir de devenir danseuse parce que les traitements que l'on lui inflige ne sont pas compatibles avec l'exigence de son métier de danseuse. 

C'est un film bouleversant, l'acteur est sublime, Lara est une fille qui "rentre tout", qui ne laisse rien passer, qui ne veut pas montrer ses faiblesses et c'est pour ça que la fin, moi, elle me tue, elle me ravage, parce qu'à un moment, elle explose et je trouve ce film juste magnifique, extraordinaire.

Cela dit, je ne suis pas d'accord pour les scènes de danse parce qu'elles sont extrêmement bien découpées et c'est quand même toute l'histoire du film : comment se réconcilier avec un corps qui vous échappe, qui n'est pas celui que vous souhaitiez ? 

Ecoutez

Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du Masque & la Plume :

7 min

"Girl" de Lukas Dhont : les critiques du Masque & la Plume

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