Deux de plus ! Dans la déjà longue et souvent talentueuse liste de films consacrés à la boxe, ou qui lui font la part belle, deux nouvelles œuvres viennent renforcer l’idée selon laquelle le « noble art » (sic) trouve dans le Septième un média des plus parfaits. Et cette moisson récente, fruit des hasards de la distribution des films en salles, se paye le luxe d’être à la fois plurielle et complémentaire. A la fiction réjouissante et quelque peu déjantée de « Fighter » de David O’Russell répond la belle ouvrage documentaire de Frédérick Wiseman. A l’un, la variation en territoire connu du destin individuel d’un boxeur. A l’autre, la vraie fausse journée d’une salle de boxe perdue au fin fond du Texas. A l’un, le combat final, passage quasi obligé du genre mais traité ici avec une belle simplicité presque monacale. A l’autre, le refus assumé et intelligent du combat lui-même au profit éclairé des répétitions, entrainements et autres échauffements. Russell et Wiseman chantent chacun dans son chant, mais avec suffisamment de pertinence pour la que la fiction du premier prenne des accents documentaires, y compris quand il s’agit de dépeindre une mère de famille que l’on dirait tout droit sortie de « Affreux, sales et méchants ». Quant au doc de Wiseman, il multiplie avec gourmandise les incursions dans le récit pur en montrant de véritables personnages aux trajectoires non pas scénarisées évidemment mais parfaitement racontées. Autrement dit, entre les deux, aucune hésitation possible, il faut voir… les deux films, que l’on soit ou non amateur de boxe ! C’est quoi au fait ce tropisme cinématographique pour les rings et les rounds ? C’est quoi cette fascination cinéphile récurrente, internationale et trépidante pour la boxe et les boxeurs ? Wiseman en donne une réponse lumineuse, déjà acquise chez d’autres cinéastes évidemment, mais qui chez lui, le filmeur du Ballet de l’Opéra de Paris et bientôt du Crazy Horse, prend une dimension supplémentaire : la boxe comme une danse, une chorégraphie, une gestuelle souple er rythmée. Combinant ainsi peinture sociale et peinture tout court, le documentariste élabore une approche quasi-totale de la boxe comme « représentation » du monde. Hélas, on ne peut en dire autant de Régis Wargnier et de son nouveau film « La Ligne droite ». Ce que j’en ai dit samedi à l’antenne m’a valu une volée de mots verts de la part d’un auditeur qui m’a traité de plagiaire pour l’occasion…Il n’a voulu voir dans ma rapide chronique qu’une pâle resucée d’une notule publiée dans le nouveau numéro des « Cahiers du cinéma » qui viennent de paraître et sur lequel je reviendrai tant le sujet de son dossier de couverture «(« La France ») me semble plus que jamais important au prisme du cinéma. J’a donc lu depuis lors ladite notule et si je vois ce qu’a voulu dire mon vigoureux correspondant (une citation identique d’un dialogue ô combien signifiant et que tout contempteur du film ne peut que relever et une allusion à Eastwood maitre du mélo sportif depuis « Million dollar baby », rien de très singulier dans les deux cas… hélas pour mon entrée annoncée mais ratée dans la carrière de copiste), j’avoue avoir été un peu sidéré par cet air du temps où l’on voudrait voir des plagiaires partout (suivez mon regard). J’ai malheureusement assez de mauvais esprit tout seul pour ne pas recourir à celui des autres. La meilleure preuve, c’est que ma flèche principale n’est pas dans les « Cahiers » : je consacrais la moitié de ma chronique à m’étonner du poids incroyable pris par Areva dans le tournage et la promotion du film ainsi que l’explique avec complaisance le dossier de presse, sans compter l’équipe du film qui, par la suite, n’a pas manqué de verser son écot au généreux sponsor définitivement nucléaire et soudainement athlétique. Cette stratégie d’omniprésence médiatique est d’autant plus difficile à passer sous silence que, comme on le sait à la simple lecture de la presse, l’actuelle présidente d’Aréva, Anne Lauvergeon, mène en ce moment une ardente campagne pour rester à son poste ce qui n’est pas du goût de l’Elysée, semble-t-il. On voit bien que ce petit mécénat sportif et artistique autour du film de Wargnier (une goutte d’eau dans les confortables bénéfices générés par l’atome…) sert utilement à dorer le blason de l’actuelle direction. Mais Nelson Monfort le calamiteux commentateur sportif du service public de télévision s’est fait récemment prendre les doigts dans cette confiture réactive et la stratégie en est quelque peu éventée. Certes, un film, entreprise privée par excellence, ne doit pas avoir ces pudeurs de rosière déontologique. Pour autant, bâtir un tel mélo sirupeux fondé sur la pureté des sentiments et la vertu de l’effort et de la compassion en faisant appel avec autant d’éclat à un partenaire au positionnement industriel lourd me laisse pantois. Le cinéma de Régis Wargnier m’était déjà la plupart du tempst étranger, je dois l’avouer, avec cette « Ligne droite » l’écart se creuse entre nous et je suis à deux doigts de penser que l’on ne m’y reprendra plus… ! Mai, en l’occurrence, j’ai bien tort de dire « Fontaine, etc… ». De fait, j’ai vécu hier soir devant mon petit écran de téléviseur raccordé à un lecteur de DVD une sorte de révélation et de conversion. Oui, mes frères, j’ai vu enfin la lumière qui brille au sein de « A serious man » des frères Coen. Oui, après trois (je dis bien trois !) visions infructueuses de ce film, j’ai cessé de tourner autour de lui comme une âme en peine. Hier soir, j’ai tout simplement vibré à l’humaine condition du destin de cet anti-héros parfait miroir tendu à nos vies imparfaites et dérisoires. Ce que c’est d’avoir la sensibilité lente… Alors un jour, peut-être, je vous annoncerai que « La Ligne droite » n’est rien d’autre qu’un chef-d’œuvre. Oui, on peut rêver, mes frères ! D’ici là, que les films vous soient beaux. D’ici là, n’hésitez pas à aller voir « Boxing Gym » et « Fighter », sans oublier « Poursuite », le premier film réalisé et joué par Marina Deak dont je voudrais bien trouver le temps de vous parler ici même. A très vite !

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