Ouf ! On est soulagé d’apprendre que la justice n’a pas donné suite à la plainte du producteur Paul Lederman contre le film d’Antoines de Caunes, « Coluche, l’histoire d’un mec ». On prendra désormais un malin plaisir à citer l’intégralité de ce titre, puisque c’est cet alibi sémantique que le plaignant-bougon avait choisi. Comme si ce petit bout de phrase, «l’histoire d’un mec », pouvait appartenir à quelqu’un. Comme si derrière cette dérisoire attaque ne se cachait pas la volonté de s’approprier une mémoire en se proclamant unique gardien du temple. Antoine de Caunes nous a raconté récemment l’anecdote suivante : après avoir terminé l’écriture du scénario du film avec son complice Diastème, il a provoqué un déjeuner avec Paul Lederman afin de le lui faire lire. Le producteur a refusé de le lire, conseillant au cinéaste de s’acheter un dictaphone et d’enregistrer ce que lui avait à raconter sur Coluche ! Circulez, il n’y a rien à dire d’autre sur Coluche que ce que moi, Paul Lederman, j’ai à dire et à raconter. Drôle de comportement, en vérité.L’héritage de Coluche, ce n’est pas une sordide histoire de fric (le « mec » a laissé plus de dettes qu’autre chose…), c’est, comme ne cesse de le répéter à juste titre Antoine de Caunes, un problème affectif. Certains se disputent les morceaux de la salopette morale comme d’autres ceux de la vraie croix. Triste spectacle en vérité que cette attaque judiciaire lancée comme par hasard une semaine à peine avant la sortie du film, histoire d’essayer de le saborder par tous les moyens. Triste spectacle également que ces communiqués de presse familiaux et vengeurs, alors que Coluche c’était par excellence le parti pris de la liberté d’expression avant même peut-être celui d’en rire. L’entourage, les entourages ne sont décidément pas à la hauteur. Mieux vaut en rire. Et aller voir à partir de demain « Coluche, histoire d’un mec », ce film imparfait qui a cependant l’immense mérite de ne pas pratiquer la langue de bois hagiographique, de choisir une période, un point de vue, un angle d’attaque et de s’y tenir, bien loin des « biopic » au nom d’oiseau…La phrase du jour ? « Je cherche des moulins dont les ailes peuvent s’arrêter. » Jean Luc Godard, mai 2001, entretien avec Marie Marvier in « Synopsis » n°13

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