L'affiche du Festival de Cannes 2016
L'affiche du Festival de Cannes 2016 © © Lagency / Taste (Paris) / Le Mépris © 1963 StudioCanal
L’annonce des films en sélection officielle jeudi dernier a donné le coup d’envoi de l’édition 2016 du Festival de Cannes. En attendant avec autant d’impatience celles à venir très vite de la Quinzaine des Réalisateurs, de la Semaine de la Critique et de l’ACID, voici une promenade forcément subjective, assurément gourmande et définitivement aux aguets à travers les vingt films en compétition, les dix-sept de la section « Un certain regard (UCR pour les intimes et par commodité), sans oublier les onze films en plus (dont le film d’ouverture). Soit dit en passant, on est déjà à quarante-huit (48 !) films pour dix jours de projections non-stop : 5 films par jour en moyenne si l’on veut avoir tout vu le 21 mai au soir. D’où la petite fronde journalistique lors de la conférence de presse du tandem Frémeaux-Lescure afin d’obtenir l’organisation à Paris d’un plus grand nombre des projections de presse avant le Festival. Les journalistes provinciaux et étrangers étant priés de patienter… Quoi qu’il en soit, si vous croisez après Cannes quelqu’un qui affirme avoir vu sur place tous les films ne serait-ce que de la sélection officielle, décernez-lui sans attendre le Pinocchio d’Or et passez votre chemin. Ainsi va Cannes pour le Festivalier cinéphile : la frustration est à l’ordre du jour et la triste certitude de ne pas avoir vu le film qu’il fallait absolument découvrir… Problème de riche ? on vous le concède. Chacun sa palme, pardon sa croix. « Cafe Society », c’est chronologiquement le premier film qui sera vu sur place, en ouverture sans concourir par conséquent pour la Palme. Et pour cause, son réalisateur veut bien être Cannois de temps en temps mais jamais dans la course. Woody de son prénom, Allen de son nom semble ici nous refaire le coup du film des années 30, clarinette jazzy à l’appui. Ce tonton fringant semble insubmersible. On a pourtant le droit de le trouver moins en forme depuis « Match Point » son dernier petit bijou vénéneux. Mais après tout, Truffaut affirmait que seuls les trois premiers films d’un cinéaste méritaient vraiment le détour avec, dans certains cas seulement, le constat que les trois derniers retrouvaient la verve perdue dans les méandres de la répétition. Je laisse au lecteur bénévole le soin de tirer ses propres conclusions de cette théorie truffaldienne… Rassurez-vous, loin de moi l’idée de vous casser les pieds en listant avec sérieux et componction la liste des quarante-sept autres films de la ladite sélection officielle. À ce jour, je n’ai vu qu’un seul d’entre eux. Celui de Paul Verhoeven, « Elle », avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Charles Berling, Anne Consigny, Alice Isaaz, Judith Magre et Vimala Pons dans les rôles principaux d’un casting hexagonal par conséquent et dont l’éclectisme laisse rêveur… Mon avis sur ce film ? « C’est une plaisanterie ? » comme dirait l’autre. Motus et bouche cousue sont les deux mamelles du critique impitoyable mais réaliste qui tient à obtenir son accréditation en débarquant en gare de Cannes (06) le mardi 10 mai prochain ! Que celui qui n’a jamais craint lâchement pour le maintien de ses lamentables privilèges me jette la première coupe de champagne. Excepté peut-être l’énervant chic et choc Nicolas Winding Refn, tous les cinéastes en compétition cette année me mettent l’eau à la bouche. Tous. Allez même l’énervant chic et choc Xavier Dolan dont je ne désespère absolument pas qu’il retrouve le tranchant de ses premiers films. Même remarque pour Nicole Garcia qui nous donna en son temps un superbe « Fils préféré »… Pour être honnête n’ayant vu aucun des trois films précédents de l’Allemande Maren Ade, je place cette dernière à part. Pour les autres (Assayas, Loach, Penn, Mungiu, Nichols, Mendoza, Dumont, Dardenne, Almodovar, Arnold, Guiraudie, Jarmush, Mendoça, Park et Puiu), je dis « Vivement Cannes » !J’ai oublié Verhoeven ? Ah oui ! Mais je n’ai déjà pas dit ce que je ne pouvais pas en penser, non ? C’est peut-être le meilleur moment : l’attente. On sait tout, mais on n’a encore rien vu ou presque. Alors, on attend. On est persuadé que les Dardenne seront à leur meilleur (« Le Fils », par exemple), qu’Almodovar va nous refaire le coup en encore mieux de « Parle avec elle », que les deux cinéastes roumains, chacun dans leur genre vont nous mettre de nouveau KO debout, qu’Assayas et sa nouvelle muse iront plus loin encore que « Sills Maria » et que Penn nous entraînera dans un tourbillon à la hauteur de « Into the wild ». Bref, on rêve d’histoires, d’émotions, de sensations et pour tout dire on s’interdit même d’aller sur Internet pour tenter d’en savoir plus sur ces films. L’attente, la belle attente, est à ce prix : ne rien savoir avant. Plus dure sera la chute en sortant de la salle de projection le jour venu ? Peut-être. Ou pas. Et si plus haute encore était la satisfaction de ce désir ? Vous le savez bien, on n’est jamais à l‘abri d’une bonne nouvelle. Ni d’une Palme d’Or potentielle. Et même de plusieurs ! Quant à la sélection « Un certain regard », elle ne peut qu’être attente et désir puisque que sur ses 17 films, 7 sont des premiers films ! Et les 13 autres, à l’exception de l’Israélien Kolirin (souvenez-vous, « La Visite de la fanfare ») et du Japonais déjà très cannois Kore-eda, s’avèrent beaucoup moins connus et reconnus que leurs petits collègues de la sélection officielle. On s’amusera d’y voir un couple de sœurs françaises, Delphine et Muriel Coulin, la compétition ayant ses frères (Dardenne). Ce pourrait être un beau pari d’année en année : une « fratrie » par sélection ! Mais que nous réservent le Finlandais Juho Kuosmanen, l’Italien Stefano Mordini, l’Egyptien Mohamed Diab ou bien encore l’Iranien Benham Behzadi, pour ne citer qu’eux ? Savoir que l’on aura bientôt certaines nouvelles de Singapour, d’Israël (avec deux films), du Japon (idem), de Russie, des Pays-Bas, d’Argentine et même de France, c’est alléchant. À la position du touriste partout glorifiée, on nous permettra de préférer celle du spectateur immobile mais embarqué. Là aussi, c’est donc l’attente qui prend le dessus sur tout autre préoccupation. Avec même une pointe supplémentaire d’excitation pour « La Tortue rouge » du Hollandais Michael Dudock de Wit, parce que c’est un film d’animation et qu’ils sont encore trop rares à être ainsi mis en avant sur la Croisette : merci aux sélectionneurs. Et vivement Cannes bis ! Restent enfin les dix films dont quatre « Hors compétition », deux en « Séances de minuit » et quatre en « séances spéciales », autant de sous-sections un peu dérisoires et dépourvues de signification réelle. Mais, peu importe, car de ce fourre-tout naîtront forcément de belles rencontres. Comment ne pas être impatient de découvrir notre Antoine Doinel for ever dans le rôle de Louis XIV. Car oui pour la caméra de l’iconoclaste ibérique Albert Serra, Jean-Pierre Léaud incarnera le monarque versaillais dans « La Mort de Louis XIV ». Et puis découvrir à Cannes le nouveau film de ce jeune homme qu’est Paul Vecchiali, quelle veine absolue. Bref, entre Corée du Sud,, Etats-Unis, Grèce, Tchad, Espagne et France, là comme ailleurs, le monde nous attend à Cannes. De cette fête à venir, de toutes ces promesses dont certaines seront déçues et d’autres plus que comblées, de ces films qui tous veulent nous aider à vivre, il sera de bon ton d’être à la hauteur. C’est bien le moins que l’on puisse faire face à tant d’objets cinématographiques non identifiables par avance. Alors forcément, pour que « l’exercice soit profitable », et comme le dit Ingrid Bergman dans la scène finale de « Stromboli » de Roberto Rossellini : « God ! My God ! Help me ! Give me the strenght The Understanding And the Courage ! »
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.