Mike Leigh
Mike Leigh © corbis
**_Turner_** Tout a commencé comme tous les matins cannois à 8h30 dans la salle Lumière, avec la projection du **nouveau film de Mike Leig _Mr. Turner_** . Turner le peintre, n'est-ce pas, le génie. Et un biopic, un ! Mieux que "**_Grace_** , évidemment, mais c'est presque trop facile. Le film démarre franchement bien avec la vision des belles relations entre un père et son artiste de fils. Un père qui bichonne le petit et se met à son service totalement et jusqu'au bout sans rien compter de son temps et de sa santé. C'est tout simplement beau, émouvant, insolite presque. Et puis ce père exemplaire meurt et cette mort-là sonne presque le glas du film. Ce dernier vire alors à l'exercice de style brillant mais appliqué, académique alors qu'il s'agit de parler d'un peintre visionnaire... Leigh franchit toutes les portes (Turner et ses confrères, Turner et la critique, Turner et Ruskin, Turner et la photographie naissante, Turner etc...) mais sans se départir d'une sagesse qui finit par étouffer tout intérêt chez le spectateur. On reste au seuil de la porte de l'atelier, à l'inverse de ce que l'on ressentait en regardant vivre et mourir le _Vincent_ de Pialat. Oui, la référence est presque trop facile et écrasante. Mais, que voulez-vous, c'est bien cela le sens d'un biopic digne de ce nom : untel vu par untel. Tout le reste est gesticulation inutile et vaine reconstitution. Quand Guédiguian nous fait son _Mitterrand_ , c'est d'abord de lui dont il nous parle, même chose donc pour le Louis XIV de Rossellini, le _Van Gogh_ de Pialat, le Régent de Tavernier, l'Itard de Truffaut, C'est dommage mais Leigh disparait totalement sous son Turner et tout devient presque aussi figé qu'une visite chez Madame Tussaud... ### Regarder la bande annonce :
**_Party Girl_** Ensuite, dans la salle Debussy, à 11h30 pétantes (si, si singularité et merveille cannoise chaque année renouvelée : les projections commencent à l'heure), on a ensuite découvert un premier film français chargé de faire l'ouverture de la sélection "Un certain regard" (section non compétitive mais officielle). __ _Party Girl_ a été écrit et réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Et c'est en effet un film bigrement collectif et radicalement familial. On y suit la "reconversion" d'une fringante sexagénaire, Angélique (impeccable Angélique Litzenburger,dans son propre rôle, on y reviendra) qui souhaite passer de son état d'hôtesse de cabaret à celui de femme mariée. Or donc le dénommé Samuel Theis est dans la "vraie vie" le fils d'Angélique qu'il incarne également sur grand écran, au même titre que ses soeurs et son frère... Bref, vous l'aurez compris, chaque membre de la famille jour son propre rôle, tandis que les autres personnages du film sont des acteurs non-professionnels.
Angélique Litzenburger - Party Girl
Angélique Litzenburger - Party Girl © Pyramide films - Allociné
Une affaire de famille, vous dis-je. On est dans le mentir-vrai aragonien et par conséquent dans le pur plaisir d'une fiction qui puise son énergie dans celle incroyable de son héroïne. Si par le plus grand des hasards, on nous demandait un jour d'établir la liste des 50 plus grands rôles féminins au cinéma (hypothèse d'école...), Angélique L. pourrait bien y figurer en bonne place. Elle serait tout près de Louise Wimmer tant les deux femmes se ressemblent (actrice et personnage mélangés étroitement). Tout près également de la Wanda de Barbara Loden ou de la Gena Rowlands des films de Cassavetes. Une même famille où l'on crit et l'on rit avec le même allant vital, où la vérite fut-elle cruelle est toujours bonne à dire, où l'émotion peut s'inviter à table à condition de ne pas envahir l'espace. "Party Girl" s'avère comme une nouvelle belle et bonne surprise de cete nouvelle édition cannoise. L'anti Grace par excellence ! Décidément, c'est bien d'avoir un repoussoir dans la vie := on sait ainsi où placer le curseur ! A 14h00, toujours à Debussy, " Loin de mon père", le nouveau film de la cinéaste israélienne Keren Yedaya (dont très curieusement le programme officiel, pourtant disert en général sur chaque filmographie, ne rappelle pas qu'elle est l'auteur d'un premier film intitulé "Mon trésor" qui reçut la Caméra d'or à Cannes en 2004 ! ) En voici le synopsis : "Moshe et Tami sont en couple. Moshe a cinquante ans, Tami à peine vingt. Ils vivent une relation cruelle et violente dont Tami ne semble pouvoir se libérer. Tami et Moshe sont père et fille." Difficile à vrai dire de parler de ce film qui n'élude rien et tend à nous dépeindre un monstre banal. Malaise assuré. Mais peut-être une tentative de cerner précisément, et dans le cas présent, la banalité du mal autant que la difficulté de la victime à s'extraire d'un enfer devenu dépendance. Forcément complexe, forcément dérangeant. Fin de cette journée de cinéma avec à 19H30 la soirée d'ouverture de "La Semaine de la Critique", l'un des sections parallèles, avec "La Quinzaine des Réalisateurs" et l'ACID. Film choisi : FLA (pour Faire L'Amour) de Djinn Carrénard, auteur de "Donoma". Ce dernier a désormais des financeurs comme Arte, Canal et le CNC et l'on 'en réjouir pour lui qui, lors dde son premier film, avait joué l'anti-système.. C'est donc FLA et ce pourrait être aussi FLAG (pour Faire La Guerre) puisqu'ici tout devient conflits, heurts, disputes, verbe haut et joutes langagières. On imagine que Djinn Carrénard adore les scènes de ce type qui parsèment le cinéma de Pialat et on le comprednd fort bien. Mais il a pour l'instant le défaut d'une systématisation exacerbée de ce penchant. Le FLAG l'emporte largement sur le FLA (qui du coup, et soit dit en passant, devient alors pour ses rares apparitions quelque peu ... niaiseux, mais comment s'en étonner ?). Le cinéaste étire à outrance ses batailles, se perdant avec ses acteurs dans des rings d'improvisation peu maîtrisée. le tout avec là aussi un goût immodéré pour les décadrages et les faux flous dont on finit par se demander ce qu'ils veulent dire ou exprimer. Turner faisait moins de manières et Angélique nous emble plus sincère à vrai dire dans ses coups de gueule et coups de cœur réarrangés pour les besojns de la fiction. La boucle est bouclée, on peut aller se coucher, comme n'aurait jalmais dit aussi platement Alexandre le grand Vialatte.
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